
Je lis rarement les pages sport du Monde.fr, mais quand je suis tombée sur un titre à la une sur la difficile promotion du foot féminin, j'ai cliqué, même si j'ai ce sport en horreur.
En 98, on nous promettait que les dames allaient s'intéresser au foot, surtout pour mater les fesses de Manu Petit. Nos champions (pas besoin de préciser lesquels, hein, on n'en a pas eu tant que ça !) étaient des icônes de la mode et celles qui crachaient encore sur le foot étaient has been. Ca n'a pas duré. Le football est vite redevenu le bastion machiste qu'il a toujours été, avec ses supporters relous, ses sportifs consommateurs de prostituées et ses entraîneurs coutumiers des remarques homophobes.
La passion que le sport déchaîne a transformé la défaite de cet été en catastrophe nationale (et pendant ce temps, des centaines de personnes mouraient au Kirghizistan, mais tout le monde s'en fout). L'équipe nationale était la cible de toutes les moqueries. Quelques voix se sont élevées pour dire qu'à côté de ça, l'équipe féminine avait de très bons résultats. Mais ça n'est pas allé très loin. Le foot féminin ? Quel intérêt ?
Pourtant, les footeuses aimeraient bien qu'on parle un peu d'elles, et la FFF tente de redorer son blason en mettant en avant leurs performances. Comment faire parler du foot féminin ? En parlant de leur talent ? Si le talent des femmes déplaçait des foules, ça se saurait. Alors, plutôt que parler foot, sport, résultats, buts, on n'a qu'à parler de leur physique !
Le but serait de casser le stéréotype qui serait à l'origine de la défection des supporters pour la discipline (ce que je crois sans peine). Le cliché de la footeuse, donc, c'est une gonzesse moche, bâtie comme un travelo, potentiellement lesbienne, brutale et vulgaire : bref, le garçon manqué pas féminin, pas baisable. Evidemment que c'est faux, et même si c'était vrai, quel intérêt, puisqu'on leur demande de taper dans un ballon, pas de décorer le salon de Mr. Heffner ? Mais il faut bien constater que le garçon manqué fait fuir les médias. Pour casser un stéréotype, on a le choix : soit on réagit intelligemment en démontrant qu'il n'a pas lieu d'être, soit on le remplace bêtement par un autre. La FFF étant dirigée par des gens malins, la seconde solution a été choisie : il s'agit donc de montrer que les footeuses ne sont pas des thons, mais des bonnasses. Un clou chasse l'autre.
L'an dernier, la FFF a fait fort en les faisant poser à poil. Attention, c'est pas vulgaire, c'est glamour. On les photographie toutes nues, en disant bien que c'est à regret, mais pas dans des poses cochonnes de vilain porno, ça non, on mate avec respect, hein. On vend leurs corps, mais c'est pas pour le business, c'est pour faire réfléchir. Le message tamponné sous les photos était "faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ?" : pertinent mais hélas, la photo est faite, on en est déjà arrivé là, le message est tué. D'ailleurs, ça fait tellement réagir que personne n'en a parlé. J'espère qu'en plus les dames n'ont pas chopé froid.
Alors, pour cette année, on continue dans le glamour, on cache les footeuses et on utilise Adriana Karembeu. Toujours prête à rendre service, l'ambassadrice de la Croix Rouge a posé pour une série de photo. Celle présentée sur le site du Monde (ce-dessous) allie l'imagerie du foot (les vestiaires, les grandes chaussettes), l'atmosphère féminine (les placards roses façon boudoir pour Barbie décoratrice chez M6) et la gestuelle sensuelle (mais non, elle ne se caresse pas la jambe, elle met -ou enlève- ses chaussettes). Glamour, sexy, sensuel, pas vulgaire qu'on vous dit !

Si c'est pas vulgaire, pourquoi se plaindre ? Qu'y a-t-il de mal à montrer que les footeuses peuvent être désirables ? Etre désirable serait donc un drame ?
C'est toute la difficulté qu'a le discours féministe pour se faire entendre : il est plus subtil que le simple manichéisme dont on l'accuse. Etre désirable n'est pas un mal en soi, ce qui l'est , c'est le système sexiste qui force les femmes à l'être, ne valorise que les femmes sexy et dévalorise celles qui ne le sont pas (pire, celles qui refusent de l'être). Cette pression n'est pas évidente pour tout le monde, certains ne la voient pas (sont-ils chanceux, de mauvaise foi, ou aveugles ? j'ai rencontré les trois), d'autres la nient carrément. Il existe pourtant une collection d'exemples répertoriés dans des ouvrages (du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir au récent Petit traité contre le sexisme ordinaire de Brigitte Grésy) et des analyses publiées dans de nombreux articles (en particulier dans le domaine des Gender Studies : c'est du sérieux, pas une élucubration de frustrées). Cette pression reste discrète car elle prend la forme de petites remarques, entendues sporadiquement ("pourquoi tu ne te maquilles pas ?", "tu aurais pu mettre une jupe"), elle se traduit par la prépondérance de filles sexy et disponibles dans les médias, les unes des magazines féminins, les publicités... C'est ce qu'on appelle le sexisme ordinaire.
J'ai fait une petite recherche google image pour illustrer ce billet, ça fait peur : nos footeuses ne sont pas prêtes de s'en dépêtrer, de ce sexisme ordinaire. Courage, mesdames, on est avec vous !
En 98, on nous promettait que les dames allaient s'intéresser au foot, surtout pour mater les fesses de Manu Petit. Nos champions (pas besoin de préciser lesquels, hein, on n'en a pas eu tant que ça !) étaient des icônes de la mode et celles qui crachaient encore sur le foot étaient has been. Ca n'a pas duré. Le football est vite redevenu le bastion machiste qu'il a toujours été, avec ses supporters relous, ses sportifs consommateurs de prostituées et ses entraîneurs coutumiers des remarques homophobes.
La passion que le sport déchaîne a transformé la défaite de cet été en catastrophe nationale (et pendant ce temps, des centaines de personnes mouraient au Kirghizistan, mais tout le monde s'en fout). L'équipe nationale était la cible de toutes les moqueries. Quelques voix se sont élevées pour dire qu'à côté de ça, l'équipe féminine avait de très bons résultats. Mais ça n'est pas allé très loin. Le foot féminin ? Quel intérêt ?
Pourtant, les footeuses aimeraient bien qu'on parle un peu d'elles, et la FFF tente de redorer son blason en mettant en avant leurs performances. Comment faire parler du foot féminin ? En parlant de leur talent ? Si le talent des femmes déplaçait des foules, ça se saurait. Alors, plutôt que parler foot, sport, résultats, buts, on n'a qu'à parler de leur physique !
Le but serait de casser le stéréotype qui serait à l'origine de la défection des supporters pour la discipline (ce que je crois sans peine). Le cliché de la footeuse, donc, c'est une gonzesse moche, bâtie comme un travelo, potentiellement lesbienne, brutale et vulgaire : bref, le garçon manqué pas féminin, pas baisable. Evidemment que c'est faux, et même si c'était vrai, quel intérêt, puisqu'on leur demande de taper dans un ballon, pas de décorer le salon de Mr. Heffner ? Mais il faut bien constater que le garçon manqué fait fuir les médias. Pour casser un stéréotype, on a le choix : soit on réagit intelligemment en démontrant qu'il n'a pas lieu d'être, soit on le remplace bêtement par un autre. La FFF étant dirigée par des gens malins, la seconde solution a été choisie : il s'agit donc de montrer que les footeuses ne sont pas des thons, mais des bonnasses. Un clou chasse l'autre.
L'an dernier, la FFF a fait fort en les faisant poser à poil. Attention, c'est pas vulgaire, c'est glamour. On les photographie toutes nues, en disant bien que c'est à regret, mais pas dans des poses cochonnes de vilain porno, ça non, on mate avec respect, hein. On vend leurs corps, mais c'est pas pour le business, c'est pour faire réfléchir. Le message tamponné sous les photos était "faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ?" : pertinent mais hélas, la photo est faite, on en est déjà arrivé là, le message est tué. D'ailleurs, ça fait tellement réagir que personne n'en a parlé. J'espère qu'en plus les dames n'ont pas chopé froid.
Alors, pour cette année, on continue dans le glamour, on cache les footeuses et on utilise Adriana Karembeu. Toujours prête à rendre service, l'ambassadrice de la Croix Rouge a posé pour une série de photo. Celle présentée sur le site du Monde (ce-dessous) allie l'imagerie du foot (les vestiaires, les grandes chaussettes), l'atmosphère féminine (les placards roses façon boudoir pour Barbie décoratrice chez M6) et la gestuelle sensuelle (mais non, elle ne se caresse pas la jambe, elle met -ou enlève- ses chaussettes). Glamour, sexy, sensuel, pas vulgaire qu'on vous dit !

Si c'est pas vulgaire, pourquoi se plaindre ? Qu'y a-t-il de mal à montrer que les footeuses peuvent être désirables ? Etre désirable serait donc un drame ?
C'est toute la difficulté qu'a le discours féministe pour se faire entendre : il est plus subtil que le simple manichéisme dont on l'accuse. Etre désirable n'est pas un mal en soi, ce qui l'est , c'est le système sexiste qui force les femmes à l'être, ne valorise que les femmes sexy et dévalorise celles qui ne le sont pas (pire, celles qui refusent de l'être). Cette pression n'est pas évidente pour tout le monde, certains ne la voient pas (sont-ils chanceux, de mauvaise foi, ou aveugles ? j'ai rencontré les trois), d'autres la nient carrément. Il existe pourtant une collection d'exemples répertoriés dans des ouvrages (du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir au récent Petit traité contre le sexisme ordinaire de Brigitte Grésy) et des analyses publiées dans de nombreux articles (en particulier dans le domaine des Gender Studies : c'est du sérieux, pas une élucubration de frustrées). Cette pression reste discrète car elle prend la forme de petites remarques, entendues sporadiquement ("pourquoi tu ne te maquilles pas ?", "tu aurais pu mettre une jupe"), elle se traduit par la prépondérance de filles sexy et disponibles dans les médias, les unes des magazines féminins, les publicités... C'est ce qu'on appelle le sexisme ordinaire.
J'ai fait une petite recherche google image pour illustrer ce billet, ça fait peur : nos footeuses ne sont pas prêtes de s'en dépêtrer, de ce sexisme ordinaire. Courage, mesdames, on est avec vous !