lundi 20 décembre 2010

10 clichés sur l'accouchement à la télé et au cinéma

Les scènes d'accouchement me manquent pas dans les films et les séries. Qu'apprend-on en les regardant ?
  1. Un accouchement commence toujours par la perte des eaux. Elle est immédiatement suivie de contractions ininterrompues extrêmement douloureuses.
  2. Après cette perte des eaux, on n'a que quelques minutes pour aller à l'hôpital. Et il y a toujours des embouteillages.
  3. Même dans une série/film qui n'est pas une série/film historique, la femme qui accouche n'a jamais droit à la péridurale. D'ailleurs, on ne le lui propose même pas, et elle ne le réclame pas. Il faut qu'elle souffre et qu'elle hurle, sinon ce n'est pas un accouchement. Si c'est une comédie, elle enchaîne les gros mots.
  4. La femme qui accouche sue comme une truie. Mais pas de panique, il y a toujours une main secourable avec une ch'tite compresse pour lui tamponner maternellement le front.
  5. Le père, s'il est présent, a l'air d'un crétin.
  6. Le bébé nait tout rose, même s'il avait le cordon autour du cou. Il est de plus tout propre et il met du 3 mois.
  7. Le bébé crie tout de suite, sauf s'il s'agit d'une série médicale, où il a obligatoirement besoin de soins de la part du jeune héros.
  8. Ce premier cri remplace immédiatement la grimace crispée de douleur et d'inquiétude sur le visage de la parturiente par une expression extatique débile. Même si elle pisse le sang.
  9. Après un accouchement, il n'y a jamais besoin de délivrance ni de recoudre la jeune maman. Ou alors ça se passe mal et elle meurt tragiquement.
  10. Quelques minutes après l'accouchement, la maman est fraîche comme une rose, coiffée, maquillée (et surtout lavée, vu qu'elle a beaucoup sué). Au bout d'une heure, elle est capable de courir un marathon. Elle est mince et n'a pas la peau du ventre qui pend.
Conclusion : l'accouchement est une aventure extrêmement douloureuse qui se déroule dans la panique totale. Le père ne sert à rien, et on s'en remet tout de suite, comme si de rien n'était.

samedi 18 décembre 2010

Prostitution et handicap

J'avais cité dans ma revue de presse il y a 2 semaines un billet publié par Emelire sur la proposition que font certaines personnes d'offrir des services sexuels aux handicapés. Sur le même sujet, un article est paru jeudi sur les Nouvelles News. Et Emelire vient de récidiver avec un billet qui propose plein de liens intéressants et un très bon dessin.
La sexualité des handicapés est certes taboue. Un corps abîmé, ça ne fait pas envie, et on n'a pas envie de l'imaginer en activité sexuelle. Ce qui parait laid, on préfère le cacher avec honte, dédain, voire agressivité. Comme pour la sexualité des personnes âgées. Il faudrait clairement lancer une réflexion sur le sujet.
Les articles en question ont le mérite de tenter de lancer le débat. Mais ils ne vont pas très loin : on se borne à proposer, comme solution à la misère sexuelle des hommes handicapés et à la détresse de leurs proches qui se chargent de les branler, de payer des femmes pour le faire. On ne parle pas de prostitution (ouh, le vilain mot !), mais de "service sexuel". Je ne vois pas vraiment la différence, d'autant plus qu'il est proposé de faire évoluer la loi sur le proxénétisme.

Cette rhétorique est un pur exemple d'androcentrisme. On pense au bien-être des hommes, et pas un mot n'est dit au sujet de celui des femmes.
Même en restant dans le discours androcentré, on peut très bien opposer un argument à l'emploi de ces services : devoir recourir à une professionnelle pour se faire éjaculer et ramener les désirs et plaisirs intimes à un simple acte d'hygiène doit être humiliant. Etre considéré comme un encombrant générateur de foutre qu'il faut traire de temps en temps, au prix de l'utilisation d'un corps humain, même sans scrupules chrétiens, ça ne doit pas être valorisant du tout. Le corps des handicapés est déjà bien assez méprisé comme ça. Les défenseurs de cette pratique parlent de sexualité, mais cette idée de la sexualité occultant l'affectif, déshumanise des corps qui souffrent déjà des regards détournés des bien-portants.

Mais quittons cette rhétorique de borgne.
Quid des femmes handicapées ? N'ont-elles pas de besoins sexuels ? Ces besoins sont-ils moins importants ? Nous voguons ici en plein cliché : les hommes auraient des pulsions souveraines, tandis que les femmes rêvent d'amour.
Mais surtout, quid des femmes (personne ne parle de confier cette tâche à ces hommes, pourtant ils sont les plus compétents pour l'accomplir) qui devraient monnayer leurs services pour soulager ces hommes ? On nous parle de "droit à la sexualité", et je ne nie pas que la frustration sexuelle est difficile à vivre. Mais cette gêne ne justifie en rien qu'on impose un rapport sexuel non consenti à quelqu'un, même en échange d'argent. Car il s'agit bien d'un rapport sexuel non consenti : le consentement ne s'achète pas ! Les témoignages d'anciennes prostituées et d'anciennes actrices porno (, , et là en anglais - mais je vous déconseille de lire ça sans sac à vomi) ne manquent pas pour dire que le "service sexuel" est humiliant et douloureux à pratiquer. Ce n'est pas un métier pénible comme tant d'autres mais une activité profondément déshumanisante qui peut vite devenir atrocement douloureuse. Et ne me dites pas que si on encadre bien la pratique, les prostituées ne risquent rien, ce serait d'une part occulter la nature même du rapport tarifé qui ne peut être pratiqué sans douleur (ben quand on ne mouille pas...) ni sans rapport de force (l'argent, c'est le pouvoir, sauf chez les Bisounours).
Au fait, z'avez remarqué que si vous enlevez une lettre à "services sexuels", ça fait "sévices sexuels" ?

D'ailleurs, plutôt que de parler de "service sexuel", j'aimerais qu'on appelle un chat un chat. Il s'agit de payer quelqu'un pour dégorger les couilles d'hommes handicapés. C'est vulgaire, dit comme ça ? Hé bien, je préfère une phrase vulgaire qu'une formulation polie pour une idée minable, c'est moins hypocrite.


=> Pour aller plus loin sur le sujet, lire le dossier très complet publié sur le site de la revue "Prostitution et Société" du Mouvement du Nid.

lundi 13 décembre 2010

Le sein ou le biberon ?

Bientôt le congé maternité (la quiiiiiiiiille !) et je commence à m'organiser en vue de l'heureux événement. On prépare la chambre, on prépare le lit, on fait l'inventaire des fringues et des jouets que grand frère peut léguer, on répare la poussette, on se prend la tête pour le siège auto, on fait l'inventaire des biberons...
Et en tripotant les biberons, me voilà prise d'une hésitation. Je n'avais pas assez de lait, et mon premier s'est retrouvé au biberon. Le biberon, pour nous, ça a été le bonheur : après trois jour à voir notre fils pleurer sa faim, nous l'avons vu dormir comme un ange. Il a toujours mangé de bon appétit et son père a pu le nourrir. Au rythme d'un biberon toutes les 3 heures, en se levant à tour de rôle, mon mari et moi parvenions à dormir 6 heures par nuit. Quand je vois mes copines se lever toutes les 2 heures pour donner le sein pendant une heure, je trouve qu'on a été chanceux.
Bon, c'est un peu égoïste, comme vision des choses. Notre fils a certes bénéficié de parents reposés et de bonne humeur, mais il n'a pas pu profiter de mon lait. Chaque grossesse est différente, et peut-être que cette fois j'aurai assez de lait. Il n'y a qu'une seule manière de le savoir : il faut tenter de l'allaiter et s'accrocher.

Aujourd'hui Olympe aborde le sujet en citant Mère Bordel. Mettre en place un allaitement n'est pas simple, et on n'est pas vraiment aidées. Les forums de discussions regorgent d'inquiétudes de jeunes mères perdues.
J'ai eu de la chance, la maternité où je suis allée était plutôt pas mal pour l'allaitement. J'ai été bien informée et bien prise en charge. Dès qu'on a vu que mon fils ne prenait pas de poids, ils m'ont confié un tire-lait pour vérifier les quantités que je produisais. Devant les quelques malheureux millilitres que la machine m'avait soutirés, ils m'ont proposé un biberon. Nous avons discuté d'autres options, j'ai tenté l'allaitement mixte, avant de revenir totalement au biberon.
Ce qui me fait vraiment hésiter, c'est que je refuse de repasser 2-3 jours à attendre que le lait vienne en regardant mon bébé maigrir, sachant qu'il y a des chances que je n'aie pas de quoi le nourrir. L'important, c'est que bébé soit nourri, et le priver de nourriture, même temporairement, me parait insupportable.

Je ne tiens pas plus que ça à allaiter. Ca ne m'attire pas vraiment, sans me dégoûter non plus. Il y en a qui trouvent que ça fait vache, mais ça ne me gêne pas, c'est beau une vache. Je ne gagnerais pas grand-chose à allaiter et notre expérience du biberon a été excellente. Si je me lançais, ce serait seulement parce qu'il parait que c'est ce qu'il y a de mieux pour le bébé, pas pour moi.
C'est là où le personnel de la maternité, qui était si bon techniquement, m'a heurtée au point que je me demande si je suis bien objective aujourd'hui. Plusieurs auxiliaires de puériculture et sage-femmes m'ont harcelée de questions, jusqu'à me faire pleurer, pour vérifier que je n'étais pas traumatisée par mon échec, que ça ne m'empêchait pas de me "sentir mère" et que je ne me sentais pas coupable. Coupable de quoi ? De ne pas avoir de lait ? Que puis-je y faire ? Etre mère serait donc en priorité s'acquitter de fonctions organiques ? Elles ont refusé de me croire quand je disais que j'étais heureuse de voir mon fil nourri et détendu. J'ai ressenti comme une violence cette obstination à me vouloir coupable des déficiences de mon corps, à supposer que j'étais égoïstement accrochée à mes propres désirs de pompage de tétons.
Tout ce que je veux, c'est que mes enfants soient nourris et en bonne santé. Peu m'importe le moyen.


Oui, au fait, pardon pour le choix de l'image, j'admets avoir quelquefois un humour douteux. Mais j'aime tellement la Vache Qui Rit !