dimanche 15 mars 2009

Twilight


De manière générale, j'aime bien les histoires de vampires. Surtout quand ils sont aussi adorables que Gary Oldman (allez savoir pourquoi, Bela Lugosi me fait vachement moins d'effet). Devant le succès de la quadrilogie Twilight, j'ai décidé de m'y mettre. Et j'ai adoré. Ce n'est sans doute pas l'oeuvre du siècle, loin de là, mais ça vaut quand même le coup d'oeil.
Twilight a été écrit par une mère au foyer, Stephanie Meyer. C'est une novice en littérature, ce qui explique, comme pour Frankenstein, quelques maladresses dans le récit. Je l'ai d'ailleurs lu en anglais, et je ne me suis pas réellement rendue compte du style. Les quatre volumes relatent l'histoire d'amour d'une humaine, Bella, et d'un vampire, Edward, bénie par la famille de ce dernier (en particulier Alice, la frangine un peu fofolle), réprouvée par le meilleur ami de Bella, Jacob, issu d'une tribu indienne ennemie des vampires. Outre le fait qu'Edward a autant envie de bouffer que de câliner sa copine, l'ensemble du monde magique, vampires comme loup-garous, pose des problèmes à cet étrange couple.

Stoker, dans Dracula, tentait d'expliquer la fascination de certaines femmes pour les vampires en relevant que le sang est omniprésent dans nos vies. Je ne crois pas que les choses soient si simples. Il faut penser à ce que représente le vampire. Ce n'est pas qu'une question de sang. C'est surtout, et Stephenie Meyer, l'auteur de Twilight, l'a bien compris, une question de proie et de prédateur. Dans notre société, une femme est une proie à séduire et à posséder ; il faut être une catin pour être reconnue en tant que femme et en même temps il faut être sage pour être respectable. Nous vivons écartelées entre ces deux facettes de "l'éternel féminin", inconciliables et inévitables. Le vampire, fort de son éternelle jeunesse, est le tentateur attirant et redoutable à la fois, la quintescence du prédateur flétrissant l'innocence et la pureté de la femme jusque là respectable.
De gauche à droite : Alice, Emmet, Bella, Edward, Rosalie et Jasper

Beaucoup de critiques ont reconnu dans le film Twilight une image de la frustration sexuelle des ados américains. Cette interprétation est assez vraie, c'est une des raisons du succès de la série. Mais il y a, je pense, plusieurs autres raisons.
Bella, l'héroïne, est une ado moyenne, à laquelle la lectrice-type s'identifie assez facilement. Pas trop mauvaise à l'école, Bella est une incorrigible gaffeuse, nulle en sport, dévoreuse de livre romantiques, communiquant peu avec ses parents (sa mère étant proche de l'irresponsabilité et son père introvertit). Elle est timide, se trouve physiquement commune, rougit facilement et a la peau très pâle ; elle se sent déplacée, différente des autres. Une ado, quoi. Personnemment, le fait qu'elle soit nulle en sport me l'a rendue immédiatement sympathique.
L'écriture des livres, aussi, expliquent en partie leur succès. Le style est limpide, clair, direct. Sans fioritures inutiles, Meyer va droit à l'essentiel. Elle dose parfaitement les descriptions fastidieuses, les réflexions internes, les dialogues et l'action pour que le lecteur ne s'ennuie pas. On voit le récit se dérouler aussi clairement que si l'on regardait un film. C'est très agréable, et addictif.

Cette simplicité de style est une des raisons du mépris dont beaucoup de lecteurs font preuve à l'égard de la série. De la simplicité au simpliste il n'y a qu'un pas que Stephenie Meyer franchit allègrement de temps en temps. Le fait est que son écriture n'admet aucune subtilité.
Les parallèles qu'elle tente de tracer sont scolaires. Tout au long du second tome, New Moon, des références transparentes à Roméo et Juliette sont faites, si crument que ça en devient lourd. De la même manière, le second tome, Eclipse, est pesamment mis en parallèle des Hauts de Hurlevent, sur une bête histoire de jalousie. Au point qu'on se demande si Meyer a lu plus que ces deux livres et si elle a vraiment cherché à aller au-delà de l'histoire. L'ambiance, la signification, l'état d'esprit des auteurs de ces oeuvres doivent lui être inconnus. Seuls les grands axes sont exploités pour tracer des comparaisons dignes d'un élève de quatrième.
Outre les références littéraires outrancieusement puériles, des parallèles et de comparaisons sont tracés entre les personnages sans aucune subtilité. Jacob a la peau chaude, Edward a la peau froide, rien n'est tiède. Bref, Stephenie Meyer est à la littérature ce que Dolph Lundgren est au cinéma. N'empêche que Lundgren peut être réjouissant à sa manière.

Un autre reproche à faire concerne la tentative ratée de suspense. Twilight est comparé à Harry Potter, qui vise à peu près le même public. JK Rowling construisait ses histoires avec plus de soin. Parmi la profusion de détails, seuls quelques-uns servaient au dénouement final. Chez Meyer, tout sert. Le dénouement est largement prévisible, il y a peu de surprise. Mais on ne lit pas Twilight pour avoir des surprises !
Malheureusement, Meyer s'acharne à tenter d'installer un suspense. Un événement, dont les causes et conséquences de cet événement sont transparents, a lieu, mais l'héroïne les interprète de travers, elle qui est censée être assez intelligente. Evidemment, Bella comprend à la fin du volume ce qui se passe réellement, et elle est toute étonnée. L'ensemble est artificiel, l'héroïne perd toute crédibilité. Tout se passe comme si Meyer déformait ses personnages pour les faire coller à son histoire, au lieu de faire évoluer son histoire autour des personnages.

Même sans suspense artificiel, l'histoire est prenante. Le romantisme est quelquefois lourdigue, mais il fait mouche. J'ai particulièrement apprécié les dialogues, très naturels la plupart du temps (je suis jalouse, là), et pleins d'humour. Les scènes tendres font soupirer et frissonner.
C'est dingue, quand même, dès qu'un livre ou un film est romantique, une majorité du public ricane. Le romantisme ne peut-il être différencié de la guimauve ? Twilight est une friandise, certes, mais elle n'est ni trop grasse, ni trop sucrée. C'est le genre de livre qu'il faut aborder sans a priori, dont il faut profiter sans réfléchir, juste pour passer un bon moment. Ca vaut le coup de tenter. Après tout, il ne sont pas mignons, tous les deux ?


1 commentaire:

  1. Comparer Meyer à Stoker, ça dépasse l'entendement là ! XD

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