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mardi 22 octobre 2013

Baisers volés

Agressions sexuelles minimisées

Il y a quelques mois, un article publié à propos d'une des photos historiques les plus célèbres, montrant un soldat embrassant une jeune femme a New York a fait scandale. La jeune femme n'avait pas consenti à ce baiser, il s'agissait dons d'une agression sexuelle commise en pleine rue. Le terme avait paru exagéré.

La Toile s'agite en ce moment à propos d'une vidéo "humoristique" présentant un homme forçant des femmes à l'embrasser. Je ne publierai pas ici le lien vers la vidéo pour ne pas lui faire de publicité non méritée et je ne citerai même pas son nom. Vous retrouverez facilement ces données... Le site Madmoizelle rappelle à juste titre qu'embrasser quelqu'un de force constitue une agression sexuelle.

lundi 13 mai 2013

Réflexes


C'est une après-midi tranquille, un week-end, dans un centre commercial. Philippe et Agnès avancent lentement dans la cohue, les bras chargés de paquets. Ils sont fatigués, leurs pieds les font un peu souffrir. Agnès passe mentalement en revue ses achats : les chaussettes pour le petit, le cadeau d'anniversaire de tante Juliette, les deux nouvelles chemises de Philippe, le livre de soutien en maths pour la fille aînée... Il ne manque plus que la veste dont elle a besoin pour compléter sa tenue au mariage de Jean-Claude. La robe qu'elle a prévu de mettre est légère, et la météo prévoit du vent...
"Ah ! Voilà la boutique que je cherchais ! lance Agnès à Philippe en désignant une échoppe. Ici, c'est chic, mais c'est pas trop cher.
- Ca me va ! répond Philippe , ragaillardi à l'idée d'en finir avec la corvée de courses. Tu ne vas pas trop piller ma carte bleue, comme ça."

vendredi 3 mai 2013

Un conte à rendre : Cendrillon

Cendrine naquit dans une ferme cossue d'un petit village. Sa mère mourut des suites d'une chute dans l'escalier survenue alors que sa fille n'avait que cinq ans. Elle fut enterrée dans le cimetière derrière la maison ; sa fille pouvait voir sa tombe depuis sa fenêtre. Son père, ne pouvant s'occuper de sa fille et des vaches en même temps, se remaria rapidement avec une femme d'âge mûr à l'esprit pratique rencontrée par petites annonces. Cette seconde épouse venait de la ville et amenait deux filles, Javotte et Anastasie, dans ses bagages. Le père accueillit ces petites filles avec indifférence : peu lui importait qu'elles soient là ou non du moment qu'on ne les entendait pas. Et si on les voyait, qu'elles soient jolies et agréables !
Quelques années s'écoulèrent. Javotte et Anastasie ne se firent jamais à ce père de substitution qui n'avait jamais pris la peine de savoir quel était leur livre préféré mais qui les empêchait de courir dans la boue. Cendrine, elle, se pliait au joug paternel avec une piété filiale confinant à la sottise. Son père ne faisait attention à elle que quand elle était sage, douce, gentille, jolie ? Elle s'appliqua à cultiver ces qualités. Quant à sa belle-mère, elle s'enfermait peu à peu dans un silence teinté de haine pour cet homme colérique et exigeant.
Un jour, le fermier se rendit à pied à la capitale toute proche pour acheter des semences. Il acheta également des robes et des bijoux pour Anastasie et Javotte qu'il trouvait bien mal fagotées. Sur le chemin du retour, une branche de noisetier fit tomber son chapeau. Trouvant la branche solide et souple à la fois, il la cueillit et l'emmena, songeant que Cendrine s'en prendrait un coup s'il lui venait à l'idée de se plaindre de ne pas avoir eu de cadeau. La petite ne fit aucun caprice, mais s'empara de la branche qui lui rappelait sa mère : la défunte avait en effet l'habitude de brûler les branches de noisetier que le fermier ramenait de ses voyages. Cendrine planta la branche sur sa tombe, l'arrosa soigneusement, et en quelques années, un arbre majestueux poussa.

vendredi 8 mars 2013

Journée de l'infâme

J'enfonce des portes ouvertes pour mes lectrices et lecteurs habituels, mais il faut que ça sorte.
Aujourd'hui, c'est pas la journée de la femme, mais la journée internationale des droits des femmes, merde.

Ce n'est pas une journée où les entreprises sont censées faire des offres promotionnelles pour les femmes avec du glamour, des paillettes et des chatons qui pètent dedans, mais une journée de militantisme servant à dénoncer violences et inégalités ainsi qu'à lancer des actions pour les réduire.
Alors aujourd'hui, soit vous vous en foutez et je vous prierai aimablement de n'emmerder personne avec des vœux de bonne journée, des cadeaux gloussants ou des blagues qui n'amusent que vous, soit vous avez un chouïa de conscience et je vous encourage à potasser le sujet des droits des femmes.
C'est quand même pas les problèmes qui manquent, hein. Rien qu'en France, on compte 10% de femmes victimes de violences conjugales, 75.000 femmes violées par an, 37% d'inégalités salariales : c'est quand même pas la faute à pas de chance. C'est pas les actions de quelques pervers, c'est pas le résultat d'une nature qui aurait fait les hommes foncièrement dominateurs et les femmes foncièrement vulnérables.

mercredi 20 février 2013

Un conte à rendre : Blanche-Neige

Il était une fois une reine qui se faisait chier grave.
On ne peut pas dire que le roi faisait attention à elle, ni que ses activités, limitées à la broderie, à la supervision de la préparation des repas et à la participation à des soirées caritatives où on lui demandait de sourire et de se taire malgré la torture que lui infligeaient ses chaussures, ne l'enthousiasmait vraiment. Alors la reine piquait discrètement des bouteilles de gin dans la cuisine pour oublier les nuits passées au côté de son rustre de mari et les jours à s'emmerder.
Un jour d'hiver, la reine brodait auprès d'une fenêtre ouverte, en espérant choper une bonne grippe qui lui permettrait d'avoir une excuse pour rester seule au pieu. Elle avait également un bon coup dans le nez : elle finit par se piquer le doigt. Quelques gouttes de sang rouge tombèrent par la fenêtre encadrée d'ébène sur la neige blanche. Dans son ivresse prononcée, la reine s'esclaffa que c'était trop cool, toutes ces couleurs, et souhaita avoir un enfant dont la peau serait blanche comme la neige, les lèvres rouges comme le sang, et les cheveux noirs comme l'ébène. Ses suivantes, qui se foutaient bien de sa gueule et se réjouissaient à l'avance de raconter cette anecdote à la presse, lui dirent que l'idée était très classe.
Quelques mois plus tard, la reine mit au monde une fille dans l'indifférence générale. Le roi aurait souhaité un héritier et, apprenant la naissance de Gudule, se détourna de son épouse. Serviteurs et soigneurs imitèrent leur Seigneur et la reine mourut quelques jours après l'accouchement d'une infection mal soignée.

vendredi 2 novembre 2012

Humour, maladresses et beauferies

Lundi dernier, de retour en France après un séjour mi-professionnel mi personnel, j'ai découvert, avec un peu de retard, la "petite phrase" de Stéphane Le Foll :
"J'ai tenté de promouvoir des femmes au maximum, bien que nos dossiers soient très techniques"
Après tout ce que j'ai pu entendre personnellement, ça ne m'étonne même plus, ce genre de phrase. Ca m'a plutôt fait rigoler de voir un homme politique sortir une ânerie aussi énorme (oui, une femme peut aborder des dossiers techniques, si le message d'Hypathie ne suffit pas je peux prendre M. Le Foll en stage dans mon labo) sans sourciller. Et puis voir les médias s'enflammer pour une petite phrase, découvrant avec stupeur qu'il y a du sexisme en France, c'est toujours un grand moment.

J'ai aussi trouvé dans ma liste de messages de blogs en retard une dénonciation d'une publicité pour le forum du handicap de Besançon. Message transmis : femme, même handicapée, tu resteras un objet sexuel. C'est une beauferie de plus, financée par des fonds publics baillés par des machos qui sans doute croyaient bien faire en montrant qu'une femme, même handicapée, peut rester digne. Cette vision de la dignité des femmes n'est pas neuve : je me rappelle avoir déjà râlé sur ce sujet il y a quelques années.

mercredi 26 septembre 2012

Journée mondiale de la contraception

Aujourd'hui, c'est la journée mondiale de la contraception... #viedemeuf.

Aujourd'hui, j'ai appris que la pilule de 3ème génération va être déremboursée. Pas assez efficace, qu'ils disent. Donc vazy, raque. Pis si t'as pas les moyens, t'as qu'à pas baiser. #viedemeuf.

Aujourd'hui, je me rends sur le site de l'événement. Direct, en page d'accueil, je me le prends en pleine gueule : le tutoiement. On a gardé les cochons ensemble ?
Ah, non, c'est une campagne pour les jeunes. Le jeune, ça se tutoie. Un jeune, c'est comme un gosse, même si c'est assez grand pour baiser : on est directement potes, pas besoin de mettre une distance respectueuse pour aborder des questions intimes. Hé, toi, jeune, je vais te parler de ce qu'il y a entre les jambes, wesh, keupin-e ! A moins que ça soit de la condescendance ?

dimanche 17 juin 2012

Si j'étais la Première Dame....

  • J'engueulerais systématiquement les médias qui m'appellent "Première Dame", comme s'il y avait un classement des femmes avec comme critère le métier du mari, c'est quoi cette idée de Néandertalien ?
  • Je ne porterais pas le nom de mon mari, ni l'actuel, ni l'ancien, parce que j'ai une identité propre.
  • Je commenterais la politique sur Tweeter en ne disant que des conneries, histoire de bien montrer que ma seule expertise en la matière étant de sauter le Président, mon avis on s'en tape.
  • Je ne m'occuperais pas de la déco de l'Elysée. Et en cas d'insistance crasse du personnel du palais, j'achèterais des nains de jardin en soldes.
  • Je télétravaillerais discrètement, histoire de faire quelque chose, en diminuant au maximum les problèmes de sécurité et les soupçons en tous genres. Sorti de mon boulot, je m'occuperais de mes oignons.
  • Je profiterais de ma notoriété pour publier un recueil de blagues grasses.

jeudi 24 mai 2012

Pas de ça chez moi !

On va tous être globalement d'accord, surtout si vous êtes venus sur ce blog volontairement et non au hasard d'une recherche Google sur la sodomie chez les Bisounours ou sur la zoophilie avec des zèbres (en noir et blanc, forcément) : le sexisme, c'est pô bien.
On va aussi être d'accord pour dire que les femmes sont globalement moins bien loties que les hommes. Certes, on a le droit de se faire tenir la porte, ce qui est tout de même plus sympa que de se la prendre en pleine gueule, on a généralement la garde des enfants en cas de divorce (il semble que ce soit surtout parce que les pères ne demandent pas souvent la garde), on paye moins cher l'assurance de la bagnole (ah, non, ça, c'est fini). En contrepartie, on a 16% de chances de subir un viol, on peut se faire harceler sexuellement sans que le coupable ne risque rien (comme quoi, les choses n'évoluent pas spontanément dans le bon sens), on est payées franchement moins (avec les gosses à nourrir, vu qu'on en a la garde, chic alors), et quand on se case, on a 10% de chances de subir des violences. Bref, comme je l'ai déjà dit ailleurs, je suis bien contente de ne pas avoir de fille.


mercredi 25 avril 2012

Libres d'être femmes

Je suis allée tout récemment voir un film qui ne passe pas le Bechdel test. Un film gentillet, avec des animaux et des bons sentiments, vous connaissez mes goûts. Avant le film, vu son genre, les bande-annonces présentaient plutôt des films pour enfants. J'ai donc pu voir la bande-annonce de Rebelle. Et là, il y a un truc qui m'a frappée.
Les histoires de filles qui sortent de leur rôle de fille, c'est pas nouveau. Il y a eu Tiana, et dans une moindre mesure, Belle. En général, elles souffrent d'être cantonnées à ce rôle ingrat (et on les comprends), elles se rebellent, conquièrent un bastion masculin, et finalement trouvent l'amour comme toute femme doit en rêver. Elles sont exceptionnelles, rares, et extrêmement méritantes car capables de cumuler des qualités masculines et féminines.

jeudi 8 mars 2012

Le mystère féminin

En cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes, parmi les initiatives lancées, ma préférence va évidemment à celle de Sandrine Goldschmidt et Muriel Salmona. C'est une campagne utile, intelligente, et bien menée.
Moins intelligentes mais beaucoup plus efficaces sont les tentatives de transformer la journée de lutte en une journée de célébration de l'Eternel féminin, de cette Essence féminine magnifique et mystérieuse, bâtie par les hommes pour les hommes.

La féminité, c'est un mode d'emploi universel de la femme. Si nous relevons toutes du même mécanisme, nous pouvons être appréhendées globalement, convaincues en masse de consommer les mêmes produits, manipulées à la chaîne par des hommes habiles qui  gagneront en prestige.
Pourtant, l'un des volets les plus populaires de cette Essence est le mystère féminin. Les hommes ne comprennent rien aux femmes.

Même Stephen Hawking (ci-contre, dans les Simpson), qui a donné au New Scientist une interview pour laquelle les explications de ses réponses sont plus longues que l'interview elle-même, n'y comprend rien :

"Women. They are a complete mystery."

Pour la journée que les médias proclament "journée de Lafâme", j'ai envie de faire un cadeau à ces hommes. Je vais donc lever un coin du voile.

vendredi 17 février 2012

On n'est pas finies. 2. Une page de publicité

Je vous rassure, je suis complètement remise de mon traumatisme (voir partie 1).
Maintenant, je suis comme Martin dans Cars 2 qui ne veut pas qu'on répare les bosses de sa carrosserie car chacun lui rappelle un souvenir. Moi, je ne veux pas faire un régime pour faire disparaître mes bourrelets car chacun me rappelle un souvenir : mes grossesses, le repas de Noël, les crêpes au Nutella de la Chandeleur, la tartiflette du week-end dernier, la fondue de la Saint-Valentin... Et puis c'est bien pratique pour poser la bière.

Me voilà donc, zen, bien dans ma peau, le PC sur les genoux devant la télé tandis que le hobbit joue gentiment sur le tapis et que bébé lutin dort sur mon bourrelet de droite.

lundi 13 février 2012

On n'est pas finies. 1. Le traumatisme du talon aiguille

C'est la mode de la gaine, il parait. C'est pour sublimer Lafâme, il parait. Tu te serres les bourrelets, engoncée dans un truc  chiant à mettre et à porter, quoi qu'ils en disent, pour faire la belle.

Ca réveille mon traumatisme du talon aiguille.
Oui, oui, je suis traumatisée par les talons. Quand l'adolescence a transformé mon visage en calculatrice Hello Kitty (avec les boutons bicolores rouges et blancs), ne pouvant compter sur mon sourire qui rappelait vaguement le pont de Tancarville (j'en profite pour saluer mon orthodontiste, en espérant qu'elle boive la tasse dans la piscine que j'ai contribué à lui payer, cette sadique), j'ai plutôt misé sur mes jambes. Je me suis donc mise aux jupes assorties de talons. Attention, pas n'importe quels talons, 10 cm minimum, histoire qu'enfin je puisse aller dans la cour du lycée sans que le pion me dise de retourner dans celle du primaire.
J'ai donc claqué une partie non négligeable de mon argent de poche à la Halle aux Chaussures, au lieu d'acheter les bouquins dont j'avais envie. Je me suis retrouvée avec des jolies bottines en daim, toute fière. Je me voyais déjà en Catwoman, avec ces trucs. Mais quand je les ai enfilées, j'ai fait une autre gueule.

samedi 24 décembre 2011

Joyeux Noël à toutes !

Joyeux Noël à toutes celles qui vont se taper tout le boulot des fêtes ! Il n'y a pas de trêve hivernale pour les ménagères.

Joyeux Noël à toutes celles qui ont couru faire les courses juchées sur des talons qui leur abîment le dos et leur mettent les pieds en feu, se gelant les miches en minijupe malgré les leggins d'hiver (qu'ils disaient).

Joyeux Noël à toutes celles qui  vont rater l'apéro, occupées qu'elles seront à fourrer la dinde (en attendant que Gérard fourre la sienne, ha ha ha ! - ouais, des fois, on est mieux dans la cuisine).

mardi 20 décembre 2011

Pourquoi elle ?

Anne Sinclair est  femme de l'année la femme qui a le plus marqué les Français, selon un sondage réalisé par l'institut CSA pour Terrafemina. Eva Joly trouve ce choix "consternant", les Nouvelles News y voient l'effet des médias.

Pourquoi Anne Sinclair ? Qu'a-t-elle fait cette année pour marquer les esprits ? Une oeuvre caritative avec son paquet de thunes ? Des interviews marquantes ? Des articles pertinents ?
Non. Elle a soutenu son mari.
Bon, s'il est vraiment innocent (ahem), c'est pas rien. A-t-elle créé un comité de soutien ? A-t-elle témoigné ? Cherché des témoins ?
Non, mais elle est restée avec lui. Elle a été "forte, "courageuse", "digne".
Ah ouais. C'est vachement marquant, ça, dis-donc.

jeudi 10 novembre 2011

Le dialogue lambda

C'est vrai ? Tu tiens un blog ?
- Ouaip. Je ne suis pas trop inspirée en ce moment, et je le regrette. Ca me manque.
- C'est sur quoi, ton blog ? Cuisine ? Scrapbooking ?
- C'est un blog féministe.
- ...
- Tu reprends une bière ?
- Oui, volontiers. Bon, tu sais, j'ai rien contre les féministes, je les aime bien même, tant qu'elles ne sont pas anti-hommes.
- De qui tu parles ?
- Ben, tu sais... Celles qui veulent que les femmes dominent les hommes...
- Ouais, je vois l'idée, mais tu as des noms ?
- Bah euh... Tout le monde sait ça, quoi.
- Tu sais, il y a quelques siècles, tout le monde "savait" que la Terre était plate...
- Oh, chipote pas, tu sais très bien ce que je veux dire. De toute façon, vous les féministes, vous allez trop loin.
- Ah ouais ? Refuser de se faire taper dessus, c'est aller trop loin ?

dimanche 2 octobre 2011

Il était une porte

C'était un bâtiment construit dans les années 60, massif, carré, fonctionnel. Il était tout en béton, pourvu dans l'entrée d'un escalier monumental donnant sur un hall résonnant. On y accédait par une porte cerclée de métal, vitrée, et très lourde. Cette porte suffisait à illustrer le principe du levier : il était absolument inutile de tenter de l'ouvrir en poussant près des gonds, il fallait pousser à l'extrémité de la porte pour qu'elle pivote lentement, difficilement, comme à regret.
J'ai haï cette porte. Pas parce qu'elle était lourde, mais parce qu'elle menait à mon lieu de travail : un laboratoire où je m'acquittais d'une tâche peu intéressante au milieu de gens que je n'aimais pas. Leur conversation se limitait au football, aux films de zombies et à la série le Trône de Fer (parce qu'il y a du cul). Leurs perpétuelles remarques machistes ont réveillé ma conscience féministe. Ils m'ont inspiré l'un des textes dont je suis la plus fière, Rien de grave. Je faisais partie d'un groupe de quelques filles en emploi précaire, au nombre variant au gré de nos congés maternité et des fins de contrat. Coquettes, silencieuses, riant volontiers aux vannes les plus cruelles, elles m'ont inspiré un texte qui me semble aujourd'hui un peu maladroit, Le silence des poupées.

jeudi 18 août 2011

Les films incorrects

Voilà que je suis tagguée pour la deuxième fois, par Olympe. Continuez, j'adore, ça me donne l'impression que je compte, dans la blogosphère !

Cette fois, il s'agit de donner trois films qui vont à l'encontre de mes convictions mais que j'aime bien quand même. C'est du moins comme ça que j'interprète la chose...

Même si ce n'est pas difficile de trouver des films sexistes, ma culture ciné est vachement réduite ; elle est composée majoritairement de films pour enfants. Je ne vais pas reparler des films que j'ai déjà cités sur le blog (La Belle et la Bête, Ratatouille, La Princesse et la Grenouille). Je ne vais pas faire semblant de connaître des films confidentiels, alors faut assumer : ma réponse au tag sera spécial Disney et Pixar. Après tout, c'est ce qui contribue à formatter les mômes. Je tente aussi de rester sur les films relativement récents, puisqu'on peut toujours dire des films plus anciens que c'est "d'un autre âge". Exit donc Cendrillon et Blanche-Neige qui seraient tous de même des bons clients.

mercredi 13 juillet 2011

Ces choses que je n'aurai jamais à dire...

Je n'ai que des (adorables) garçons. Comme je ne souhaite pas me reproduire de nouveau (et je vous préviens, quand on remet en question mon choix qui est mûr et réfléchi, ça m'éneeeeerve !),  normalement, je n'aurai jamais de fille. Et je n'aurai jamais à dire des choses du genre :

"Mais bien sûr que tu peux jouer avec le garage de ton frère !"
"J'aimerais trouver une robe qui ne soit pas rose, pour changer..."
"Il t'a dit "t'es qu'une fille" ? C'est pas une insulte !"
"Oui, Barbie princesse a une chouette robe, mais tu es sûre que tu ne préfères pas Barbie pédiatre ? Elle a un job, elle, au moins..."
"Pourquoi tu appelles ton frère pour déplanter l'ordinateur ? Tu ne peux pas le faire toi-même ?"
"Hé ouais, ça fait mal au bide, et ça tache... Bienvenue dans la vraie vie des femmes, ma grande ! Causons protections hygiéniques, maintenant..."
"Mais il est con ce conseiller d'orientation ! Si tu veux faire des sciences, tu peux ! Et ne me reparle pas de leurs élucubrations sur le cerveau..."
"Si tu veux apprendre à te maquiller, c'est pas moi qui vais pouvoir t'aider, hein."
"Tiens, je te prête mon épilateur. Respire bien profondément..."
"Mais non, t'es pas grosse ! Mange !"
"Même si ton copain a envie, si toi tu veux pas, tu veux pas, et il n'a qu'à aller se palucher tout seul. T'as pas à lui servir de dégorgeoir à foutre hein."
"Mais si, tu en es capable."
"Sortir toute seule le soir ? En théorie, tu devrais avoir le droit. En pratique, aucun effort n'est fait par l'Etat et la collectivité pour veiller sur ton intégrité physique. Donc il va falloir trouver un gentil couillon pour t'accompagner... Désolée."
"N'écoute pas ces crétins qui ne jurent que par Freud et le porno à deux balles. C'est le clitoris qui compte !"
"Non mais même si tu t'habilles comme un sac, il y aura toujours des types louches pour te suivre, t'aborder ou t'insulter dans la rue. C'est pas de ta faute. Sors, si tu en as envie, ne les laisse pas t'enfermer à la maison."
"Voilà le numéro d'une association d'aide aux femmes victimes de viol, pour ta copine. Rassure-moi, c'est bien d'une copine, qu'on parle ?..."
"Sois gourmande, quand tu négocieras ton salaire. Tu le mérites."
"On ne te donne pas la main de notre fille, parce que c'est à elle de choisir. Et si tu la traites mal, je t'éclate. Ah, et bienvenue dans la famille, quand même."
"N'arrête pas de bosser ! J'ai horreur de devoir dire ça, mais tu feras quoi, s'il te quitte ?"
"Mais si, tu vas l'aimer, ton bébé. Laisse-toi le temps de faire connaissance. L'instinct maternel ? C'te blague !"
"Nan mais forcément, si tu passes ton temps à sourire bêtement en réunion au lieu de causer, ils ne vont jamais te trouver crédible !"
"Mais vous l'avez fait à deux, ce môme, il peut s'en occuper, aussi !"
"Un type moins compétent que toi est mieux payé que toi ? Je vais crever les pneus de ton patron."
"Si vous aimez mon risotto, je vous donnerai la recette, cher gendre. Vous n'aurez pas besoin de demander à ma fille de vous le faire."

Je ne pense pas que ça me manquera.

Il y aurait certainement beaucoup de joies, aussi. Avec les garçons , j'aurai certainement des phrases pas marrantes à prononcer, et des idées reçues à combattre. Mais laissez-moi m'aveugler un peu. Je ne veux pas avoir de regrets.
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que comme belle-mère, je serai infecte.

lundi 25 avril 2011

Amitiés impossibles et amours obligatoires

Mon fils aîné, du haut de ses trois ans et demi, a une grande amie. Mademoiselle a à peu près le même caractère que lui, la même propension à parler tout le temps, le même refus de l'autorité à l'école comme à la maison. Ils sont dans la même classe et nous sommes voisins, ce qui leur permet d'évoluer dans un univers commun. Mademoiselle est en outre la seule fille de la classe qui ne se laisse pas faire par mon fils qui aimerait tout diriger et elle ne se gêne pas pour lui coller un taquet quand il faut le remettre à sa place. Ils jouent ensemble, ils se font des civilités et des politesses, ils ont de longues conversations et partent dans des délires auxquels je ne comprends rien (ça y est, ça commence, elle est larguée, la vieille !). Ils imitent nos comportement d'adulte comme d'adorables caricatures miniatures.
Je suis contente que ces deux-là ce soient trouvés, c'est important, à cet âge, de se faire des amis. A l'école et au centre de loisirs comme dans le voisinage, tout le monde a remarqué cette solide amitié. Tout le monde l'encourage et la regarde mûrir avec affection. En revanche, tout le monde utilise, pour parler des ces deux enfants, le vocabulaire désignant plutôt un couple. Et quand je râle, je passe pour une maman jalouse.
Evidemment, que je ne suis pas prête à laisser mon fils se caser, il n'a que trois ans ! Il n'a qu'une idée confuse de la manière dont naissent les bébés, il ne se doute pas qu'on puisse embrasser avec la langue, et déjà on lui parle de "petite copine".
On entend souvent que l'amitié est impossible entre un homme et une femme. Il parait que la question du désir se pose systématiquement, qu'il y a forcément des ambiguïtés, comme si nous étions des animaux incapables de communiquer et de passer du temps ensemble sans que l'un aie envie de se frotter contre la jambe de l'autre. Ces enfants si jeunes qui ne connaissent pas le désir, on les traite déjà comme des adolescents, on leur interdit d'être amis avec l'autre sexe, on construit un barrière entre eux à coups de mots et de plaisanteries navrantes.

Les clichés sexistes régulent non seulement ce que notre comportement mais aussi les rapports d'un sexe à l'autre. Nous sommes tenus d'être séducteurs et séductrice en permanence, au point qu'il nous est impossible de considérer l'autre sexe comme autre chose qu'une conquête potentielle.
Et avec les homosexuels ? On s'étonne alors que l'amitié soit possible...

C'est peut-être parce que l'amitié est un rapport d'égal à égal : une amitié sincère entre un homme et une femme remet en cause le patriarcat... Quelle tristesse de voir ce deux petits anges entraînés malgré eux, malgré leur âge tendre et innocent, dans ce système abject...


Illustration : L'Amour et Psyche, enfants, William-Adolphe Bouguereau, 1890.