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dimanche 27 mai 2012

Ode à la vieillesse...

Mon projet pour l'avenir ? Etre vieille.

Etre vieille, déjà, ça veut dire qu'on est vivante. Je ne tiens pas à me suicider avant mes 40 ans ni à être emportée par un cancer à 45 ans. Je veux atteindre la cinquantaine, la soixantaine. Après, on verra.

Ah, la vieillesse... Je ne comprends pas pourquoi les magazines féminins veulent absolument la bannir. C'est beau, la vieillesse.


Arborer ce visage ridé, témoin des rires et des rages passées. Porter au creux de ses joues et au coin de ses yeux les stigmates du bonheur. Toucher du doigt, sur son front, les sillons laissés par l'inquiétude, l'étonnement ; entre ses yeux, la profonde marque de la colère. Montrer qu'on a vécu, qu'on vit, loin des visages lissés au botox des actrices aux yeux aussi expressifs que des épagneuls bretons.
Avoir la peau qui perd de sa fermeté, sentir dans la paume de sa main la joue attendrie de l'être aimé. Permettre à l'enfant adoré de se nicher au creux de ce corps doux, chaud, aux aspérités adoucies.

samedi 22 octobre 2011

Un heureux événement

Vous savez que, côté cinéma, je suis un peu fleur bleue. Je suis plutôt bon public, j'aime les jolies histoires même quand elles sont un peu neuneu, un peu cliché. J'aime quand il y a un peu de provoc', quand ça mène quelque part. Un heureux événement est typiquement le genre de film qui me va bien.
J'ai lu le livre juste après la naissance de mon premier enfant. A ce moment-là, j'étais en colère d'avoir découvert certaines réalités de la maternité sans que personne ne m'aie prévenue. Forcément, le livre m'a fait du bien, je me suis sentie moins seule. Quand le film est sorti, j'ai tout de suite voulu aller le voir. Coup de chance, j'ai gagné des places grâce à Crêpe Georgette (merci encore, d'ailleurs !). J'ai donc réservé mon baby-sitter et emmené mon mari, toujours content de sortir de la maison, voir le film. J'ai même relu le bouquin la veille.

Etre parent, ou pas, c'est vivre un cheminement très personnel. On arrive devant ce film avec sa propre vision de la parentalité, avec sa propre expérience, ses propres aspirations. Et puis il y a le poids des clichés, les choses qu'on nous a appris à aimer voir, et les autres. Comment critiquer de manière objective un film qui touche à quelque chose d'aussi intime ?
On peut juger la technique cinématographique, la cohérence du scénario ou la qualité de l'adaptation, le jeu des acteurs. Ne connaissant rien à la technique, je passe mon tour. Le jeu des acteurs, en revanche, m'a conquise : on a beaucoup parlé de Louise Bourgoin, mais Pio Marmaï, Anaïs, Firmine Richard et Thierry Frémont offrent également une excellente prestation. J'ai été un peu déçue par Josiane Balasko dont la diction ne m'a pas parue naturelle, mais son regard en dit plus que sa voix.

vendredi 2 septembre 2011

Ces petites femmes


La colère gronde sur le net : la mode tente de faire de nos petites filles des objets sexuels. Sans aucune ironie ni arrière-pensée, je dois dire que ça me bouleverse et ça m'écoeure. Je ne comprends même pas que ce soit possible.
La colère passée, je me suis demandée pourquoi la nausée  subsistait après avoir constaté l'indignation quasi générale soulevée par ces images. J'aurais dû être contente, être un peu calmée. Avoir retwitté les articles qui dévoilent le scandale pour contribuer à faire prendre conscience à tout le monde aurait dû me soulager. Mais non. Alors il faut que je vous raconte ce qui me passe par la tête.

Présenter les enfants comme des objets sexuels, c'est une horreur. Ca donne du grain à moudre aux pédophiles, ce qui est un argument suffisant pour coller des baffes aux (ir)responsables de ce désastre. Mais la question qui va inévitablement venir est : à partir de quel âge la représentation d'un être humain de sexe féminin passe de monstrueuse à normale, voire esthétique, artistique ? Par quelle magie la sexualisation des corps exhibés passe-t-elle, selon l'âge de la personne, d'ignoble à anodine ?

vendredi 22 juillet 2011

Deux frères

Je suis fille unique.
C'est pas un drame, mais des fois, je me sens un peu seule. J'aurais bien aimé avoir un grand frère ou une grande soeur pour me guider. Un petit frère ou une petite soeur, curieusement, ça ne m'a jamais attiré, mais j'aurais certainement appris à l'aimer. Maintenant que je suis adulte, des fois, je me dis que j'aimerais bien avoir quelqu'un qui aurait grandi avec moi, qui aurait reçu une éducation proche de la mienne, et à qui je pourrais écrire. Je posterais des conneries sur son mur Facebook avec plein de "lol" et de ";-)" dedans (ouais, je suis lourde, sur Facebook), je lui enverrais des diaporamas à la con sur sa boîte mail pro... On échangerait des photos de nos enfants, on leur réserverait une pièce pour qu'ils jouent ensemble pendant les longs dîners de famille. On les regarderait jouer en nous souvenant de notre propre enfance, en échangeant un clin d'oeil complice et ému. Je lui poserais plein de questions sur son job, j'apprendrais plein de choses que je pourrais ressortir fièrement au boulot à la machine à café.
Enfin, c'est comme ça, je ne suis pas malheureuse et la situation a ses avantages. J'ai eu Papa et Maman pour moi toute seule. Et puis, peut-être qu'on s'entendrait pas, peut-être que je me serais retrouvée avec un beau-frère ou une belle-soeur débile.

Les frères et soeurs, pour moi, c'est une grande inconnue. J'ai beau observer les fratries, je n'arrive pas à établir une vision des frères et soeurs qui ne soit ni stéréotypée, ni fantasmée. Et puis les parents, comment ils s'organisent avec deux gosses ou plus en même temps ? Je n'ai jamais vu les miens faire, je n'ai pas de modèle. Je suis dans le flou total.
Je n'ai réalisé que j'étais un peu perdue que pendant ma seconde grossesse. Je me suis lancée dans la conception du lutin sans réfléchir, parce que moi, si je réfléchis, je ne me lance jamais. Et là, terrassée par des nausées incessantes et un épuisement total, j'ai réalisé que je ne savais absolument pas à quoi m'attendre. J'ai paniqué. Est-ce que j'arriverais à gérer les deux enfants en même temps ? Est-ce que je saurai faire cesser les inévitables chamailleries, les jalousies ? Est-ce que je saurai comprendre ce qui leur passe par la tête quand ils sont ensemble ? Et surtout, est-ce qu'ils vont s'aimer ?
On me disait que, forcément, il y aurait des jalousies, des bagarres. Qu'il ne fallait pas m'en faire, que c'était normal. Normal ou pas, l'idée de les voir se déchirer me brisait le coeur.

Mon hobbit réclamait depuis des mois un petit frère. Nous n'avons pas voulu lui annoncer ma grossesse dès le début, de peur qu'il soit déçu en cas de fausse couche. Par contre, nous souhaitions lui permettre de profiter de ma grossesse : assister aux échographies, sentir bébé bouger, lui parler... S'il le souhaitait, évidemment, sinon, on ne l'aurait pas embêté avec tout ça.
Le matin de la première échographie, nous lui avons annoncé que j'avais "un bébé dans le ventre" et qu'on allait le voir en photo dans la journée. Il savait parfaitement que les enfants grandissent dans le ventre des mamans : un de ses copains, chez sa nounou, avait eu un petit frère l'année précédente, et il avait vu grossir la mère qui a fini par venir avec le bébé dans les bras. Il a compris tout de suite ce qu'on lui expliquait (je vous ai dit qu'il était malin !). Dans les premières secondes, il n'a manifesté ni joie, ni contrariété. Il est resté les bras ballants, étonné, perdu. J'ai eu peur, et je lui ai dit la première chose qui me venait à l'esprit :" Tu veux faire un bisou au bébé ?". Son visage s'est éclairé, et, fou de joie, il s'est jeté des mes bras, plaquant un énorme baiser sur mon ventre encore plat.
Il est venu à toutes les échographies, malgré un panneau de l'hôpital qui interdisait la présence des moins de 8 ans. Les praticiens l'ont toujours fait entrer quand même et lui ont montré celui qu'il appelait déjà "MON bébé". Avec sérieux, il a écouté les conseils de la famille : faire des gestes doux avec le bébé, bien se laver les mains, ne pas lui prêter ses jouets de grand. Il nous a aidé à aménager la chambre, à acheter ce qui nous manquait ; il a fouillé dans ses affaires pour retrouver ses jouets de bébé qu'il a presque tous rangés lui-même dans la chambre de son frère à venir (je lui avait expliqué qu'il aurait toujours le droit de jouer avec, quand même). Avec tendresse, il a pris soin de moi, sans qu'on lui demande rien. Nous avons discuté du prénom tous ensemble et avons, tous les trois, craqué sur le même. Un vrai rêve.
Parallèlement, c'est à cette époque qu'il a commencé à se sentir mal à l'école. La maîtresse était inflexible : l'arrivée imminente du bébé le dérangeait forcément. Pourtant, il était si fier, si heureux, si pressé de voir bébé ! Je ne l'ai pas écoutée, je connaissais mon gamin, quand même. Je m'effrayais de cette prise en charge inadaptée du problème.

Le 1er mars dernier, mon lutin est venu au monde. Fils de deux adeptes du smartphone, bébé a été photographié dès ses première minutes de vie, et ces photos ont été envoyées à mon père, qui gardait le hobbit. On m'a raconté la voix attendrie de mon bonhomme lorsqu'il répétait le prénom du bébé, son sourire, son impatience en attendant les heures de visite.
Il est entré dans ma chambre pendant que je donnais le biberon. Il n'a rien dit, lui qui est plutôt bavard. Il a regardé le bébé, puis s'est jeté sur les sacs que mon père transportait pour en sortir les cadeaux prévus. Il nous a couverts de présents, simplement. J'ai compris qu'il était embarrassé, qu'il ne savait pas comment faire connaissance avec son petit frère. Alors je lui ai dit qu'il pouvait l'embrasser, le caresser, le toucher, lui parler. Il l'a embrassé tout doucement, en faisant attention (lui qui est un vrai bolide imprudent, un briseur de vases impénitent). Et puis il s'est ennuyé, et il a demandé à partir. Mes parents l'ont emmené : avoir un petit frère, c'est pas être forcé à rester dans des endroits où on s'ennuie.
Nous sommes rentrés à la maison. Mes garçons ont appris à se connaître. Mon hobbit se précipitait pour redonner au bébé sa tototte quand il la lâchait. Il lui disait "ne t'inquiète pas, bébé, je suis là, je serai toujours avec toi". Il a appris à imiter nos gestes, notre ton. Nous l'avons encouragé, lui avons montré que son petit frère l'aimait : ses premiers areu, ses premiers sourires ont été pour lui, et bébé le regarde avec admiration. Nous avons veillé à ne pas trop le responsabiliser non plus : à chaque fois qu'on lui demande un coup de main, nous lui rappelons qu'il n'était pas obligé de le faire. Il s'est senti libre de refuser et ne s'en est pas privé.
Et pendant ce temps, à l'école, c'était toujours l'enfer. Il ne voulait plus y aller, il se roulait par terre de colère, se cachait derrière les arbres... La faute du bébé, bien sûr ! Mais quand j'ai repris le travail, ça s'est calmé, comme par magie, du jour au lendemein. Ce n'était pas l'arrivée du bébé, en tout cas pas directement, qui modifiait son comportement : il voulait rester à la maison avec moi ! Le diagnostic de précocité a suivi, la maîtresse a fini par s'adapter à lui, tout en continuant à penser que l'arrivée du Lutin avait servi de catalyseur. Elle est têtue...

Je ne nie pas qu'il aie pu se poser des questions. Il m'a demandé une fois si je l'aimais toujours autant, et je l'ai rassuré. Il a eu l'air convaincu et m'a dit, quelques jours plus tard "on est tes fils, tu nous aimes tous les deux".
Nous avons reçu en cadeau des livres pour enfant où le petit héros voyait arriver un petit frère ou une petite soeur. Nos généreux donateurs ont voulu aider mon hobbit à passer le cap. Partant du principe que la naissance d'un bébé est un bouleversement et que ça lui a forcément fait quelque chose, j'ai été très contente de recevoir ces livres dont je comptais me servir pour lancer un dialogue. Alors que je lui en lisait un, Hobbit m'a demandé :
"Maman, c'est quoi, être jaloux ?
- C'est vouloir quelque chose qu'un autre a. Là, Hugo voudrait que sa maman passe plus de temps avec lui, vu qu'elle s'occupe beaucoup du bébé."
La réponse a été rapide, spontanée, scandalisée : "Mais il est BETE !"

Aujourd'hui, le lutin apprend à jouer sous le regard ému, attendri et fier de son grand frère. Je lui explique comment fonctionnent les bébés, je lui dis qu'il apprend peu à peu à se servir de ses mains, de ses pieds... Hobbit m'a un jour sauté au cou en hurlant de joie : "Maman ! Il a réussi à attrapper son doudou !" Grand frère fait d'immense câlins à son bébé, et râle quand bébé lui bave sur les joues : "c'est pas comme ça, les bisous !". Quand on rencontre quelqu'un, il lui présente toujours lui-même son petit frère, avec solennité : "Ca, c'est mon petit frère, il s'appelle Lutin". Il rayonne de fierté quand on lui dit que bébé est costaud, mais quand on dit qu'il est mignon il hausse les épaules : "ben oui, hein, il est beau, mon petit frère". C'est tellement évident. ;-)

Oui, l'arrivée du bébé a été un bouleversement pour mon bonhomme. Je ne savais pas à quoi m'attendre, et tout le monde m'a annoncé de la jalousie, de la violence, de la colère. J'avais peur. Finalement, ce que j'ai vu, c'est la naissance d'un amour immense, d'une complicité attendrissante qui m'étonne et me charme.
Je ne sais pas ce que ça donnera plus tard. La vie n'est pas un long fleuve tranquille, tout ne sera pas parfait. Leurs rapports futurs ne seront sans doute pas aussi beaux que ceux dont je rêve, mais quand même, ça promet. C'est la preuve, s'il en fallait encore une, qu'il ne faut pas croire les clichés.


PS : je pars en vacances dans quelques jours, je tenterai de passer pour répondre aux commentaires, s'il y en a, mais je ne vous promets rien ! :-)

vendredi 15 juillet 2011

L'Amour en Plus

Je n'ai jamais cru en l'instinct maternel, même avant d'avoir mes enfants. Cet instinct ressemble plus à un fantasme de pouvoirs surnaturels qu'à une caractéristique aux causes physiologiques établies. A la naissance de mes enfants, je n'ai pas gagné de capacités extrasensorielles. Si, quelquefois, j'ai réagi plus vite que mon mari, c'était clairement par habitude des poupons et des discussions sur les bébés avec les mamans. Je n'avais donc aucun doute quant à l'inexistence de l'instinct maternel quand j'ai ouvert L'Amour en plus d'Elisabeth Badinter. Je cherchais des arguments et des faits pour casser les machos qui sous-entendent toujours que mon intérêt pour mes enfants est instinctif (pas besoin d'instinct pour aimer mes merveilles !). Et puis j'étais curieuse de lire Badinter ; je ne sais pas à quoi ressemblent ses autres livres même si j'en ai beaucoup entendu parler (pas en bien !), mais celui-ci, je l'ai bien aimé.
Badinter ne parle pas d'instinct maternel, mais d'amour, cet amour absolu, naturel, de la mère pour son enfant. S'il est naturel, s'il apparaît automatiquement dès la naissance de l'enfant, il a dû se manifester chez toutes les mères, tout au long de l'histoire. Et s'il est absolu, toutes les mères ont dû se sacrifier pour le bien-être et la sécurité de leur enfant.

La première partie de l'ouvrage démontre, chiffres et témoignages d'époque à l'appui, que sous l'Ancien Régime les mères ne se sont pas sacrifiées pour leurs petits. Peu désireuses de pouponner (dans cette société, les enfants font peur, ils sont méprisés, traités comme des jouets), elles les ont massivement abandonnés à des nourrices chez qui ils étaient en grand danger de mort, et en toute connaissance de cause. Les jeunes survivants étaient, selon les moyens des parents, éduqués par des précepteurs, des gouvernantes, des collèges, des couvents, mais rarement par leurs parents, et donc pas par leurs mères.
Ceci ne veut pas dire que l'amour maternel n'existe pas, mais qu'il n'est pas absolu. Ceci étant, on pourrait croire que l'amour maternel a été étouffé sous l'Ancien Régime : l'abandon étant la norme sociale, les conditions n'étaient pas propices à la naissance de sentiments, quelqu'ils soient.

La seconde partie de l'ouvrage montre comment les hommes politiques de la fin de l'Ancien Régime ont réalisé la situation dramatique des enfants mis en nourrice. Pour diminuer la mortalité infantile, il était clair que les enfants devaient rester auprès de leurs parents. On a donc choisi de responsabiliser les mères, et une grande campagne de sensibilisation a été menée. L'amour maternel a été érigé en valeur féminine par excellence. Les philosophes du siècle des Lumières, Rousseau en tête, a promis aux "bonnes mères" des joies inégalées, et une catastrophe familiale pour les autres.
Si l'amour maternel est naturel et naît automatiquement quand la mère tient son nourrisson dans les bras, si l'on n'arrache pas les nourrissons aux bras de leurs mères, l'amour devrait triompher. Il ne devrait pas avoir besoin d'être encouragé, valorisé ; les mères ne devraient pas avoir besoin de manuel, ni de modèles. S'il est naturel d'aimer son enfant à la folie et de tout sacrifier pour lui, pourquoi ce penchant a-t-il dû être autant encouragé ? Pourquoi le résultat n'a-t-il pas été immédiat ?

La troisième partie expose comment les conseils de Rousseau et les théories de Freud ont permis de mettre en place une image de la mère idéale et de culpabiliser toutes celles qui ne collaient pas parfaitement au modèle.
Pour Rousseau et ses successeurs, la Nature, qui est belle et parfaite (les virus, les bactéries, les ouragans, c'est top), a donné à la femme toutes les ressources pour être une bonne mère. Tourner le dos à son destin de mère, c'est tourner le dos à sa nature, c'est être un monstre. Et pour ne pas tenter la Femme de tourner le dos à sa Nature, on lui donne une éducation spécifique, lui du raisonnement, des sciences, on lui donne le goût du sacrifice...  C'est à peine contradictoire. Si l'amour maternel est naturel, il n'y a pas besoin de l'encourager par des moyens lourds comme l'éducation donnée à Sophie ni de menaces les mères comme le fait Ida Sée qui promet aux femmes qui travaillent que leur famille sera détruite, parce qu'elles ne peuvent pas faire cuire la soupe à petit feu !
On en vient à Freud. Et là, arg. La "mauvaise mère" n'est plus seulement dénaturée, elle est malade. Contagieuse, si elle ne se plie pas à la psychanalyse, ses enfants seront malades aussi. La description de la psychologie féminine fait vraiment froid dans le dos.

L'ouvrage se termine sur des constatations sur l'évolution de la famille dans les années 70. Les choses changeaient, les pères commençaient à s'impliquer dans les tâches familiales, les mères à  s'émanciper...


Depuis l'Ancien Régime, la philosophie et la psychanalyse se sont succédés pour inciter les femmes à se complaire dans un rôle de mères-courage. Et aujourd'hui ? Ces discours forment une trame diffuse dans nos esprits, ils nous influencent toujours, mais ils sont tempérés par notre désir de travailler, de produire, d'être des individus productifs à part entière. Sommes-nous libérées ? Je ne crois pas. Je crains que nous ne tombions sous un nouveau joug : celui de la biologie. Le lait maternel est bien meilleur pour l'enfant, mais culpabiliser celles qui ne peuvent ou ne veulent pas allaiter, parce qu'elles privent leurs enfants de ce lait est un abus. Porter son enfant est naturel, imposer* aux femmes de l'avoir tout le temps dans les bras, handicapant leur mobilité, ne l'est pas. Je n'ai pas le sentiment que la pression exercée sur les mères soit immense, mais je crois qu'il faut rester vigilants pour qu'elle ne le devienne jamais.
Comprenons-nous bien : tout n'est pas à jeter dans la philosophie rousseauiste, tout n'est pas à jeter dans la psychanalyse, tout n'est pas à jeter dans la biologie. Dans ces trois cas, des vérités ont été mises à jour et un réel progrès humain en est ressorti. Néanmoins, les idées ressortant de ces disciplines ont été utilisées par certains spécialistes pour enfermer les femmes dans leur rôle de mère.
Qu'une mère aime ses enfants, c'est bien normal. Etre forcée à les aimer jusqu'à s'oublier ne l'est pas : comment un enfant peut-il être épanoui avec une mère épuisée ? Se voir nier un quelconque autre rôle ne l'est pas. Nier le rôle du père ne l'est pas. En revanche, allaiter ou porter son enfant si on le souhaite, quand on le souhaite,  comme on le souhaite, en étant correctement informés, sans encourir de jugement, en collaboration étroite avec le père qui supporte 50% de l'effort, dans le respect, là, j'aurais rien à redire.

Assez de mères courage ! Vivent les parents bonheur ! Les enfants ont tout à y gagner...

* Attention à la signification du mot "imposer". Personne n'a la baïonnette dans le dos, mais tout le monde est soumis à des images idéalisées, imposées, qui orientent nos choix.


Edit : Ma copine Working-Mama vient de sortir l'article dont elle nous parlait dans les commentaires : Mais c'est quoi, l'instinct maternel ? Un article très chouette !


Illustrations :
La couverture de L'Amour en plus d'Elisabeth Badinter, paru au Livre de Poche en 1980.
Anne d'Autriche avec le Dauphin et la reine Marie-Thérèse, auteur inconnu, 1662.
Firmin Baes, Doux rêves, date inconnue.
Pierre-Auguste Renoir, La jeune mère, 1898.
Une lionne et ses petits (source)

mercredi 13 juillet 2011

Ces choses que je n'aurai jamais à dire...

Je n'ai que des (adorables) garçons. Comme je ne souhaite pas me reproduire de nouveau (et je vous préviens, quand on remet en question mon choix qui est mûr et réfléchi, ça m'éneeeeerve !),  normalement, je n'aurai jamais de fille. Et je n'aurai jamais à dire des choses du genre :

"Mais bien sûr que tu peux jouer avec le garage de ton frère !"
"J'aimerais trouver une robe qui ne soit pas rose, pour changer..."
"Il t'a dit "t'es qu'une fille" ? C'est pas une insulte !"
"Oui, Barbie princesse a une chouette robe, mais tu es sûre que tu ne préfères pas Barbie pédiatre ? Elle a un job, elle, au moins..."
"Pourquoi tu appelles ton frère pour déplanter l'ordinateur ? Tu ne peux pas le faire toi-même ?"
"Hé ouais, ça fait mal au bide, et ça tache... Bienvenue dans la vraie vie des femmes, ma grande ! Causons protections hygiéniques, maintenant..."
"Mais il est con ce conseiller d'orientation ! Si tu veux faire des sciences, tu peux ! Et ne me reparle pas de leurs élucubrations sur le cerveau..."
"Si tu veux apprendre à te maquiller, c'est pas moi qui vais pouvoir t'aider, hein."
"Tiens, je te prête mon épilateur. Respire bien profondément..."
"Mais non, t'es pas grosse ! Mange !"
"Même si ton copain a envie, si toi tu veux pas, tu veux pas, et il n'a qu'à aller se palucher tout seul. T'as pas à lui servir de dégorgeoir à foutre hein."
"Mais si, tu en es capable."
"Sortir toute seule le soir ? En théorie, tu devrais avoir le droit. En pratique, aucun effort n'est fait par l'Etat et la collectivité pour veiller sur ton intégrité physique. Donc il va falloir trouver un gentil couillon pour t'accompagner... Désolée."
"N'écoute pas ces crétins qui ne jurent que par Freud et le porno à deux balles. C'est le clitoris qui compte !"
"Non mais même si tu t'habilles comme un sac, il y aura toujours des types louches pour te suivre, t'aborder ou t'insulter dans la rue. C'est pas de ta faute. Sors, si tu en as envie, ne les laisse pas t'enfermer à la maison."
"Voilà le numéro d'une association d'aide aux femmes victimes de viol, pour ta copine. Rassure-moi, c'est bien d'une copine, qu'on parle ?..."
"Sois gourmande, quand tu négocieras ton salaire. Tu le mérites."
"On ne te donne pas la main de notre fille, parce que c'est à elle de choisir. Et si tu la traites mal, je t'éclate. Ah, et bienvenue dans la famille, quand même."
"N'arrête pas de bosser ! J'ai horreur de devoir dire ça, mais tu feras quoi, s'il te quitte ?"
"Mais si, tu vas l'aimer, ton bébé. Laisse-toi le temps de faire connaissance. L'instinct maternel ? C'te blague !"
"Nan mais forcément, si tu passes ton temps à sourire bêtement en réunion au lieu de causer, ils ne vont jamais te trouver crédible !"
"Mais vous l'avez fait à deux, ce môme, il peut s'en occuper, aussi !"
"Un type moins compétent que toi est mieux payé que toi ? Je vais crever les pneus de ton patron."
"Si vous aimez mon risotto, je vous donnerai la recette, cher gendre. Vous n'aurez pas besoin de demander à ma fille de vous le faire."

Je ne pense pas que ça me manquera.

Il y aurait certainement beaucoup de joies, aussi. Avec les garçons , j'aurai certainement des phrases pas marrantes à prononcer, et des idées reçues à combattre. Mais laissez-moi m'aveugler un peu. Je ne veux pas avoir de regrets.
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que comme belle-mère, je serai infecte.

samedi 28 mai 2011

Mots d'enfant pour la fête des mères

Demain, c'est la fête des mères ! En attendant de recevoir mon premier cadeau fabriqué à l'école, j'ai décidé de fêter ça en faisant une petite rétrospective des petites phrases et tranches de vies les plus savoureuses que mon hobbit m'a offertes ces 4 dernières années.
Les voici, de la plus récente à la plus ancienne dont je puisse me rappeler.

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Logique enfantine :
"T'inquiète pas, Maman, les monstres, ça n'existe pas !
- Ah bon ?
- Ben non, ils sont méchants.
- Ah ? Et les fées, ça existe ?
- Ben oui ! Mais c'est bizarre, j'en ai pas encore vu..."

Dans la rue, devant tous les voisins :
"Maman, je me suis fait mal au doigt !
- Oh ? Montre-moi ça !"
Et il me montre son majeur...

Premier essai de ma yaourtière toute neuve, c'est loupé, mais hobbit est content et se précipite sur mes yaourts : "On peut même les boire !"

Quand il m'a demandé des "bas de laine et du peau de corne comme chez Mamie", j'ai mis du temps à comprendre qu'il voulait des madeleines et du pop corn.

Il joue avec son poupon pendant que je change la couche de son petit frère. Le poupon se retrouve enfermé dans le placard.
"Regarde, Maman, je l'ai mis dans son bain. Il fait tout seul, il sait faire. Maintenant, je vais prendre l'apéro !"
Jeux d'imitation, qu'ils disent... Oups.

Après mon accouchement, dès que j'ai retrouvé un tour de taille dont je n'ai pas à avoir honte, j'ai remis un vêtement moulant. Hobbit s'est exclamé en me voyant : "Oh, Maman, tu as remis tes seins !"

Bébé hurle, c'est la panique. Je lui propose la totote, il n'en veut pas. Après avoir presque tout essayé, je le mets dans son transat et file à la cuisine lui faire un biberon. Lorsque je reviens de la cuisine, biberon en main, je trouve mon bébé tout calme, totote en bouche, avec son grand frère tout sourire acroupi devant lui.
"Tu vois, Maman, il voulait juste sa totote !"

Heure du goûter, nous faisons un gâteau au chocolat. Il mélange la pâte, je la mets au four et je cours voir bébé qui pleure. Je reviens, je retrouve mon hobbit la tête littéralement dans le bol de pâte vide, du chocolat plein la figure, dans les cheveux... Et il me sort : "Maman, c'est dur la pâtisserie !"

A la fin de ma grossesse, sachant que j'avais très mal au dos, hobbit se précipitait pour m'aider à ramasser ce qui tombait par terre. Peu de temps après mon accouchement, il continue.
"Tu sais, poussin, c'est plus la peine, je n'ai plus de bébé dans le ventre, maintenant je peux me baisser."
Et lui, me regardant d'un oeil critique :
"Mais t'as encore un gros ventre, hein !"

En visite chez un médecin qu'il voit pour la première fois, hobbit regarde partout, tout étonné, avant de demander au praticien :
"Mais il est où, ton ordinateur ?"
Fils de geek...

Fin de journée, fatiguée, pas envie d'aller cuisiner...
"Mais Maman, tu n'as pas besoin de faire à manger, on n'a qu'à aller au restaurant !"

Entendant le mot "macho", hobbit me demande ce que c'est. Bien embêtée de devoir lui expliquer une notion pas forcément simple, je tente :
"Ben, il y a des hommes qui n'aiment pas les femmes, c'est des machos."
Réponse spontanée de mon poussin, les yeux écarquillés d'étonnement :
"Ils sont rikiki !"

Entendant parler de "belle-maman", il se demande de qui on parle, puis se tourne vers moi :
"Mais c'est toi, Maman !
- Hein ? Moi ?
- Ben oui ! Tu es belle, Maman !"

"T'as été sage, on va aller chez McDo !
- Non, je ne veux pas, Maman. Si je mange trop chez McDo, je deviendrai gros et on ne voudra plus me faire de bisou. Je veux aller chez Quick !"

Il a eu une période où il changeait les noms de tout le monde. J'étais Mamouille, son père Papouille, et Mickey... 
Moment de solitude chez au supermarché lorsqu'il a chanté le générique de "la Maison de Mickey" modifié à sa façon.

En balade, il est sur les épaules de son père. J'entends ce dernier crier de douleur et gronder le petit.
"Arrête de me tirer les cheveux !"
Et Hobbit, de bonne foi :
"Mais je fais comme dans Ratatouille !"

Ce soir, on lit Blanche-Neige (ouais, je sais, c'est pas le top du point de vue éducation non genrée...). Hobbit me dit "Je veux que la sorcière TUE Blanche-Neige !" Je lui demande pourquoi, bien étonnée, et il me répond avec désinvolture "Ben, ce serait marrant". Quelques jours avant, il voulait que le crocodile bouffe le capitaine Crochet. J'ai enfanté un psychopathe...

Hobbit a 3 ans et je viens delui dire que je suis enceinte. A l'école, un soir, je croise l'ATSEM.
"Ah, il vous a réclamée. Tu l'aimes, ta Maman, hein !
- Ben oui, il y a mon bébé dedans !"

En attrapant un truc sous l'escalier, je me cogne très fort la tête. Aïeuh ! Hobbit est inquiet : "Attention Maman, tu vas casser l'escalier !"

Préparation du programme du week-end :
"Tu veux aller visiter un musée ? Un zoo ? Un château ?
- Non, je veux aller chez AUCH*N !"

Je suis seule avec lui à la maison, et bien fatiguée. C'est l'heure du dodo. Je lui lis son histoire, je lui fais un gros câlin, et comme d'habitude il essaie de me retenir plus longtemps en discutant.
"Maman, tu vas faire quoi ?
- La vaisselle, mon chéri...
- Oh noooon ! Ne fais pas la vaisselle, va te coucher, plutôt !"
C'est tentant, ma foi...

Jour de déménagement. Hobbit tient à nous rappeler de ne pas oublier la télé.

Feuilletant un prospectus d'un magasin de jouets, il prend sa voiture fétiche Flash MacQueen dans la main, lui montre les images de produits dérivés Cars en lui disant : "Tu as vu ? C'est toi !"

Je rentre à la maison où il m'attendait avec son père. Je ramène le pain.
"Tu es allée à la bougie ?"

Hobbit fait des siennes, je n'en peux plus, je ne sais plus quoi faire. Je menace d'appeler Super Nanny (paix à son âme). Même pas peur, il m'apporte le téléphone.

J'ouvre devant lui un pot de glace, une première.
"C'est au chocolat ?
- Non, mon chéri, c'est à la vanille et aux noix de pécan.
- Mais ça fait mal, les piquants !"
Je le rassure et lui fait goûter. Grimace.
"Il faut la réchauffer !"

Premier labyrinthe dans un livret de jeux. Son père lui montre comment faire et trouve le chemin devant lui. Hobbit hoche la tête, approbateur :
"C'est bien, papa !"
Et il range son livret.

Merci à Dora, Diego, Manny et Kai Lan, hobbit me demande de lui montrer comment compter en anglais, espagnol,  et chinois. Jusque-là, tout va bien, j'ai dû réviser, mais c'est bon. Par contre, le jour où il m'a demandé de compter "en éléphant", j'ai pas su quoi dire. 
Le lendemain, j'ai réussi à savoir comment Dora compte "en éléphant" : "one elephant, two elephants..."

2 ans et demi, juste avant Noël. Il m'impressionne avec une phrase bien construite, incluant COD et COI parfaitement utilisés, plus une formule de politesse. Il ne manquait que la conjugaison du verbe. La phrase était : "Maman acheter un nouveau jouet à Hobbit, s'il te plait". Fichues pubs de Noël... 

C'est l'été de ses 2 ans, il fait chaud, hobbit n'aime pas ça. Je tente de lui expliquer que je n'y peux rien, c'est l'été, c'est comme ça. Alors, d'un ton de reproche, il s'écrie : "Maman, arrête l'été !"

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Après tout ça, s'il m'offre un collier de nouilles tout pourri, je le mettrai avec fierté, na !

mercredi 25 mai 2011

Le blues des intellos

J'ai longtemps hésité à publier ce billet. D'une part parce qu'il ne parle pas de DSK (désolée de parler d'autre chose !), d'autre part parce que j'ai peur qu'on pense que je me vante ou que je me lamente sur quelque chose qui n'est pas vraiment grave. Je le publie quand même en comptant sur votre compréhension, car il raconte des choses qui me minent depuis des années, et qui viennent de me péter à la gueule.


Mon fils aîné, le hobbit de presque 4 ans, a profité de mon congé maternité pour péter une durite. Il a bien vécu l'arrivée du petit frère, il n'a jamais montré de contrariété vis-à-vis de "son" bébé et il ne me reproche pas de moins m'occuper de lui (au contraire, si je laisse bébé pleurer plus de vingt secondes il m'engueule : mauvaise mère, va !). C'est ma présence à la maison qui a tout déclenché : il ne voulait plus aller à l'école, il voulait rester avec moi. Ca parait normal, qu'il préfère être à la maison avec Maman au lieu d'être à l'école. Mais sa réaction a été très violente, et au bout de quelques semaines j'ai compris qu'il s'agissait bien d'un rejet de l'école. Depuis mon retour au boulot ça va un peu mieux car il sait qu'il n'a pas le choix, mais son comportement reste difficile comme il l'est depuis la rentrée.


Quand je suis rentrée dans la salle de classe le jour de la rentrée en petite section, en septembre dernier, j'ai tout de suite vu que ça n'allait pas le faire. Les puzzle faciles, les activités pour petits, c'est des choses que mon hobbit maîtrisait depuis longtemps, vu que la nounou lui en avait fait faire (ben oui, il adorait ça !). J'ai rien dit, je ne voulais pas qu'il sente mon manque d'enthousiasme, mais j'ai eu peur qu'il s'ennuie. Je me suis dit qu'avec des copains et la maîtresse, il trouverait l'école chouette. J'ai vite déchanté.
Ca a commencé par des gestes violents envers ses camarades. Il courait partout, répondait à la maîtresse, n'écoutait que quand ça l'arrangeait (c'est-à-dire pas souvent). Pas un jour ne s'écoulait sans punition. Avec nous aussi il était impertinent, mais pas violent... Quand la maîtresse parlait de lui, on aurait cru qu'elle parlait d'un déliquant juvénile... J'ai fini par comprendre, en discutant avec les mamans du quartier, qu'elle était connue pour ne pas savoir gérer les enfants turbulents. "C'est l'arrivée du bébé qui le trouble", a-t-elle décidé, malgré les dénégations véhémentes du petit qui soutient adorer son petit frère. Côté scolaire, mon hobbit excelle dans les exercices intellectuels mais il est beaucoup moins doué dans les exercices de motricité fine. Il peut compter mais il écrit comme un sismographe islandais, il connait son alphabet mais n'arrive pas à rattraper une balle.

J'ai la chance d'avoir une voisine qui a deux enfants précoces chez elle. Elle a reconnu les traits caractéristiques de la précocité chez mon fils (les difficultés motrices sont aussi un signe : si j'ai bien compris, le cerveau ne contrôle pas bien le corps), et m'a conseillée d'être vigilante. C'est elle qui, la première, a utilisé ce mot que je ne connaissais pas, et la pédiatre puis la maîtresse ont suivi.
D'accord, ai-je pensé, mais maintenant je fais QUOI ? Je fais QUOI quand il se roule par terre pour pas aller à l'école ? Je fais QUOI quand il me dit que ses camarades se moquent de lui, le bousculent et l'insultent ? Je fais QUOI quand, sur le pas de la porte de l'école il me dit "je t'en supplie, Maman, ne m'abandonne pas" ? Je fais QUOI quand, malgré mes tentatives pour le rassurer, il affirme qu'il est "nul", qu'il est "méchant" ?
Google est ton ami. Chéri ne s'est pas laissé démonter, il a trouvé les coordonnées d'une association de parents d'enfants précoces, obtenu par eux l'adresse d'une psy spécialisée, pris rendez-vous pour un test de QI.
Le verdict est tombé vendredi dernier : mon hobbit est bien précoce. C'est un soulagement de pouvoir mettre un mot sur son désarroi. Je n'en suis pas fière, il est ce qu'il est ; je ne lui demande pas de cumuler deux doctorats, je veux juste qu'il soit heureux. Il est câblé cérébralement pour une bonne réussite scolaire, mais ce n'est pas ça qui fera de lui une personne de qualité. Mes diplômes ne font pas de moi une personne meilleure et je connais des gens qui ont bien réussi à l'école et restent des personnes détestables. Je connais aussi énormément de personnes admirables qui ont à peine le bac. Enfin, je parle de moi, mais je ne prétends pas être une ex-enfant précoce : je n'en sais rien, et je m'en fous. Ce que je sais, c'est qu'on m'a toujours classée dans la catégorie "intello" (à lunettes) avec les conséquences que ça implique. A l'école, j'en ai chié, à côté aussi d'ailleurs. J'espérais que mon fils ne vivrait pas ça, j'ai tout fait pour ne pas angoisser en l'emmenant à l'école et pour qu'il ne sente pas que j'avais peur (je me suis tellement bien blindée qu'il a refusé de me parler, au début, crant que je m'en foutais). Mais quand j'ai vu le score de mon hobbit au test de QI, quand il m'a raconté les attaques dont il était l'objet de la part de ses camarades dès la petite section, la petite bulle d'espoir que j'entretenais soigneusement a explosé.


La mode est aux personnages de nerds ou de geeks à la télé, on rigole de ces personnages asociaux et lunaires. Ils sont un peu perdus dans la vie mais finissent toujours par sauver le monde / trouver le coupable / coucher avec la jolie blonde. C'est pas vraiment comme ça dans la vraie vie, en tout cas c'est pas du tout comme ça que je l'ai vécu.

A l'école maternelle, à l'école élémentaire, on vous force à anonner pendant des heures des choses que vous maîtrisez depuis longtemps. Pas le droit d'aller plus vite, ça s'appelle de la discipline. Vous comprenez vite que l'instituteur-trice n'a pas envie de faire un effort pour vous offrir ce dont vous avez besoin. Vous gênez. Alors vous anonnez consciencieusement en espérant recevoir l'approbation des adultes.
Vous avez certaines difficultés à communiquer avec les enfants de votre classe. Les adultes parleraient de différence de maturité. Vous aimez passer du temps avec les plus grands, mais ceux-ci vous rejettent durement. La seule échappatoire, c'est de s'occuper des plus petits. Ils sont si contents qu'on leur accorde de l'attention !
Vous vous lancez avec enthousiasme dans les exercices de motricité, pour échouer lamentablement. Vous écrivez un texte dont vous êtes fier, on vous reproche votre écriture. Ces échecs sont soulignés par les enseignants à vos parents qui ont l'air de se demander ce qui ne va pas chez vous. C'est tellement simple, pourtant ! Vous ne comprenez pas ce qu'on vous explique, et l'incompréhension est une sensation avec laquelle vous n'êtes pas familier : vous paniquez. Votre corps sera votre ennemi pendant toute votre vie.

Au collège, au lycée, c'est pire. Quand vous réussissez à l'école, en particulier dans les matières scientifiques qui sont valorisées par la société, on vous jalouse, même si vous ne la ramenez pas. Quand vous lisez avec plaisir le livre que le prof de français vous a ordonné de lire, quand vous racontez que pendant vos vacances vous avez lu du Euripide sur la plage, vous êtes un extraterrestre, voire un lèche-cul. Quand vous proposez votre aide à un camarade juste pour être sympa, ça passe pour de la condescendance. Vous n'avez pas le droit d'aimer étudier, vous n'avez pas le droit d'aimer l'art et la littérature, vous n'avez pas le droit d'avoir de bonnes intentions.
Vous vous exprimez sans peine, et vous ne vous sentez pas limité par des tabous illogiques. Vous prenez volontiers du recul et aimez discourir de sujets sociaux, décortiquer les idées et placer les gens devant leurs contradictions, pour qu'ils abandonnent leurs idées reçues : la vérité est si belle ! Votre intransigeance intellectuelle passe pour de l'indélicatesse, voire de la méchanceté. Quand vous avez raison, on vous fait taire d'un "oh, toi, l'intello, hein !" Comme si c'était une insulte. Pourtant vous ne pouvez pas être autrement.
Le cours de sport est le pire moment de la semaine : les profs de sport vous laissent de côté avec un mépris à peine dissimulé, les nuls en maths se vengent de toutes les vexations qu'ils subissent (fort injustement, d'ailleurs, vous le reconnaissez !) en confondant votre appareil dentaire et la cage des buts, pendant que les surveillants font semblant de ne rien voir. Vous songez quelquefois à vous casser volontairement quelque chose pour éviter le cours de sport.
Toute la famille est fière de votre réussite scolaire mais vous, curieusement, en avez honte. Vous avez le sentiment confus de ne pas mériter leurs louanges, car les exercices et les devoirs ne sont pas si durs, surtout quand ils sont effectués avec plaisir. De toute manière, vous vivez un échec permanent dans un domaine qui parait pourtant être maîtrisé naturellement par tout le monde : se faire des amis... Et puis à côté, il y a ces enfants doués, mais surtout poussés par leurs parents, qui possèdent une culture générale bluffante tout en restant populaires auprès des autres. Vous vous sentez nul, vous avez le sentiment d'être un imposteur. C'est pour ça que vous ne vous plaignez pas aux surveillants des moqueries des autres : elles sont méritées. De toute manière, vous êtes certain que les surveillants ne vous aiment pas non plus et sont ravis de vous voir humilié.
Et ne parlons pas d'amour ! Comment plaire quand ce corps qui ne vous apporte nulle joie n'est pas mis en valeur par vos vêtements choisis pour leur confort ? Qui voudrait se taper une encyclopédie ?
Oui, c'est vrai, c'est une période difficile pour tout le monde, les enfants sont cruels... On n'a pas de droit de se plaindre, quand on est promis à un bel avenir !

Puis vous commencez vos études. On vous a orienté plus ou moins contre votre gré vers les sciences, et vous avez bien sûr cédé (je me place dans ce cas pour ne parler que de ce que je connais, les littéraires et autres sont les bienvenus en commentaires). Vous vous retrouvez avec des gens qui vous ressemblent. Vous vous renfermez, vous vivez avec eux dans une bulle, avec votre propre vocabulaire, vos petites blagues à vous. L'esprit de corps, ça s'appelle. Et si vous êtes un cas désespéré, même au sein du corps vous êtes toujours un extraterrestre : celui qui lit de la littérature russe entre deux cours de physique, celle qui apprend par coeur la solution du Rubik's Cube avant d'attaquer son devoir de maths. Mais comme on vous serine que vous êtes "l'élite de la nation" (elles est mal barrée, la nation !), que vous n'êtes pas trop mal classé aux concours que vous passez (quand votre habitude de vous considérer comme une merde ne vous paralyse pas), vous finissez par croire que vous allez avoir un bon job, du pognon, un PC avec plein de RAM, et que vous allez vous rapprocher du bonheur. Peut-être même que vous finirez par avoir des amis.
Ceux qui ne font pas d'études ou qui font des études dans des domaines moins prestigieux sont sur la défensive, avec vous. Ils semblent craindre qui vous ne tentiez de les regarder de haut. Pourtant, vous qui êtes incapable de tracer un trait droit à main levée crevez d'admiration devant la dextérité de votre coiffeuse.

Enfin, c'est le diplôme. Vous avez prévu de vous payer l'intégrale de votre auteur favori dans la Pléïade pour fêter votre premier salaire. Encore faut-il avoir un salaire. "Il y a toujours du boulot, pour les gens qui ont plein de diplômes comme toi !" qu'elle disait, Maman. Ben non. Vous avez bossé comme un dingue pendant 5-8-10 ans, vous avez laissé votre vie de côté pour assurer votre avenir, vous espériez une récompense... Bienvenue dans le monde réel !
Vous cherchez un job dans l'ingénierie ? Votre vous voyez comme un incompétent, et comme vous êtes franc, en entretien ça risque de se voir. Lorsque vous réussirez à intégrer une entreprise, vous réaliserez bien vite que la cafétéria ressemble à une cour d'école, avec des gens sympas, et les autres.
Vous êtes allé jusqu'au doctorat et vous cherchez un job dans le privé ? C'est bien connu, les docteurs sont tous des savants fous hyper spécialisés qui sont incapables de s'insérer dans un milieu d'entreprise. On ne prends même pas la peine de vous envoyer une lettre de refus quand vous envoyez un CV, Pôle Emploi vous prend pour un feignant.
Vous êtes allé jusqu'au doctorat et vous cherchez un poste académique ? Pauvre fou. Il y a un poste pour 40 candidats, et les élus ne sont pas les meilleurs, mais ceux que la politique des labos aura favorisé. Vous cumulerez les emplois précaires pendant 5 ans, et si vous décrochez finalement un poste, vous serez payé moins qu'un ingénieur avec une charge de travail écrasante. Le gouvernement, lui aussi, méprise les gens comme vous. On ose même vous dire que vous êtes à votre poste (précaire à 1200€ par mois) parce qu'"il y a de la lumière et c'est chauffé".
L'enchaînement de périodes de chômage et d'emplois précaires que vous traversez, alors que vos vieux camarades de classe (retrouvés par Facebook) ont trouvé des jobs en or super facilement, termine de vous convaincre que vous n'êtes qu'un âne. Vous avez plus d'amis sur internet que dans la vraie vie et vous contemplez leurs photos de famille et de fêtes sur votre fil d'actualités Facebook en mangeant de la glace achetée en hard discount. Se reconvertir pour s'en sortir ? Pour faire quoi ? Vous ne savez rien faire de vos dix doigts... D'ailleurs, si vous ne vous en sortez pas avec ce métier, c'est pas avec un autre que ça ira mieux.


J'ai eu du bol : j'ai trouvé rapidement l'homme de ma vie. Je l'ai épousé et nous avons eu deux magnifiques enfants. Je me suis sentie aimée et acceptée par ma famille proche, ça a compensé la sensation d'être rejetée que je ressentais autrefois. J'ai aussi des amis fantastiques, pas beaucoup, mais je ne les échangerais pas contre un groupe dix fois plus nombreux. Professionnellement j'ai traversé quelques galères, mais tout semble s'arranger aujourd'hui. J'ai vraiment pas à me plaindre, la période difficile est derrière moi.
Et juste quand je sors la tête de l'eau, quand j'arrive trouver un peu d'estime pour moi-même, quand je commence à digérer tout ça, je vois que tout recommence... mais pour mon fils. Evidemment, pour lui, ça se passera peut-être différemment, et puis je suis à ses côtés avec mon expérience. Mais ça me fait mal, tellement mal...
Je ne sais pas encore ce que je peux faire, mais des solutions doivent exister. Il y a des associations qui peuvent nous conseiller. Je ne pourrai pas protéger mon fils comme je le voudrais, il souffrira un jour ou l'autre, je dois m'y faire. Mais je vais me battre pour lui. J'ai jamais eu autant envie de me battre de toute ma vie.

Illustrations : quelques surdoués de la télé (dur de trouver des femmes !)
Lisa Simpson, des Simpson
Leonard Hofstadter et Sheldon Cooper, de Big Bang Theory
Malcolm, de Malcolm in the Middle
Timothy McGee, de NCIS
Samantha Carter, de Stargate : SG-1

mercredi 11 mai 2011

Ces féministes mal baisées qui n'aiment pas le porno...

Dans un excellent billet, Daria Marx avoue ne pas aimer le porno : "Je n’aime pas le porno, parce qu’il ne m’excite pas. Il ne remplit pas, pour moi, sa fonction d’outil de masturbation, puisqu’il me suffit de 32 secondes pour jouir, si j’ai envie, mon corps répond assez bien, pas besoin d’autres stimulis. Il ne remplit pas non plus sa fonction d’outil fantasmatique, je n’ai pas trouvé de pornographie qui réponde à mon univers, qui enclenche quelque chose, qui me donne envie de réaliser dans la vraie vie, de passer à l’acte, de reproduire."
Le porno s'est tellement normalisé que ce billet prend la forme d'un "aveu". Ce qui était il y a encore quelques années considéré comme une perversion est présenté aujourd'hui comme le modèle à atteindre. On en vient à lire que le sexe est une monnaie d'échange dans le couple : "Et là, il ne s’agit pas simplement de s’envoyer en l’air pour éviter une dispute, ou assouvir les besoins de son conjoint, mais d’utiliser le sexe comme moyen de se vendre à l’autre en tant que partenaire de qualité." Le sexe est dépouillé de tout caractère affectif et intime, il devient un geste routinier dont la fréquence est un diagnostic de la santé du couple, une activité au cours de laquelle l'image qu'on donne prime sur le reste.
Car c'est bien d'image se soi et d'image qu'on donne qu'il s'agit. Il faut être de bonnes baiseuses et de bons baiseurs. Il faut appliquer la recette porno pour être satisfait sexuellement, cette satisfaction étant considérée comme essentielle à l'équilibre des individus. Même que c'est bon pour la santé (histoire de bien culpabiliser ceux qui ne le font que deux fois par semaine voire - horreur ! - moins).

Pourtant, il semble que baiser comme dans un porno ne permette pas d'atteindre cette fameuse satisfaction sexuelle (merci à @sexismscience pour le lien). Lorsque les femmes font attention à l'image qu'elles donnent pendant l'acte, elles n'en profitent pas. Les hommes recherchant cette image irréelle sont déçus.
En revanche, Brigitte Grésy cite dans le Petit traité contre le sexisme ordinaire une étude suisse ayant établi "que le féminisme rend les relations amoureuses plus harmonieuses et que les partenaires se considérant comme égaux sont plus heureux. "Les féministes sont sexy" est-il précisé, et les hommes "font clairement le lien entre le fait d'avoir une partenaire féministe et une relation plus stable ainsi qu'une plus grande satisfaction sexuelle."" Se considérer comme des égaux, se respecter l'un l'autre, se respecter soi-même permettrait d'atteindre une meilleure satisfaction sexuelle que lorsque l'un éjacule sur la tronche de l'autre. Je ne sais pas pour vous, mais moi je suis facilement convaincue.
En tout cas, ça devrait tordre le cou au vieux cliché de la féministe mal baisée. La féministe s'éclate au pieu (porno ou pas, selon ses goûts), son mec (pour une nuit ou pour la vie) aussi, et les deux vous saluent bien.

Pour ceux qui n'ont pas réussi à séduire une féministe, rassurez-vous. Ne pas parvenir à une totale totale satisfaction sexuelle ne vous rendra pas dingue.
Considérer la frustration sexuelle comme un drame est un délire d'enfant gâté : si votre grande douleur, dans la vie, est de ne pas pouvoir exprimer votre désir libidineux, vous êtes chanceux, vous n'avez jamais réellement souffert. Non, la frustration n'est pas grave, elle ne conduit pas à toutes les perversions, au viol et à la pédophilie. Non, elle n'excuse pas un homme qui passerait outre le consentement de sa compagne (le contraire non plus, d'ailleurs). Non, elle ne justifie pas le recours à une prostituée.

Illustrations :
Venus et Adonis, Rubens (~1630).
Vénus et Mars, Boucher (1754).

mardi 3 mai 2011

Sur la pression à allaiter son bébé

Avant la naissance de mon petit lutin, je me suis demandé, comme toutes les futures mamans, si j'allais le nourrir au sein ou au biberon. Vu comme je me prenais la tête à me demander si j'allais réussir à allaiter, vu mon rapport à mon propre corps, vu mon histoire personnelle et familiale, j'ai résolument opté pour le biberon. C'était un choix fait en ayant bien pesé le pour et le contre, et sans influence extérieure autre que celle du papa. Je m'attendais à des pressions, à des critiques, et je me suis blindée en les attendant.

Mon choix étant fait, j'ai lu pas mal de témoignages de mères allaitantes en galère : peu ou pas d'explications, plein d'idées reçues, une pression de l'extérieur jugeant que l'allaitement est un esclavage... On dirait qu'on vous pousse à allaiter tout en faisant tout pour que ça foire, pour mieux vous culpabiliser après. Je crois me connaître plutôt bien, et je sais que tout ça m'aurait désespérée.
Quoi de plus naturel que mettre son enfant au sein ? Pourquoi emmerde-t-on autant les allaitantes ? Est-ce l'aspect naturel de la chose qui répugne ?

A la fin de ma grossesse, j'ai rencontré les sage-femmes de la maternité où j'allais accoucher. L'une d'elles, complétant mon dossier, m'a posé la question fatidique : "alors, il sera nourri au sein ou au biberon, ce bébé ?". J'ai pris ma voix la plus assurée pour répondre, et je me suis préparée à subir un discours moralisateur et/ou culpabilisant. Mais non, rien n'est venu. Pas un mot, pas de moue, pas de regard méprisant, elle est passée à la question suivante, tout naturellement.
Le jour J est (enfin !) arrivé et avec lui le premier biberon. Encore une fois, pas de jugement, pas de critique, pas même d'argumentaire, de la part de l'équipe géniale qui m'a aidée à accoucher. Je me suis donc détendue et j'ai baissé ma garde.
C'est justement à ce moment-là que j'ai eu la seule réaction négative que j'ai dûe affronter. Une sage-femme est venue m'examiner et m'a posé des questions sur l'état de mes seins. Je lui ai dit que j'avais des épanchements de colostrum depuis le début du second trimestre de ma grossesse, et j'ai eu droit à un "et avec ça, vous ne voulez pas allaiter ?" dit sur un ton bien méprisant et un regard accusateur. Je ne sais plus ce que je lui ai répondu mais j'ai dû avoir l'air peu commode, car elle n'est pas revenue à la charge. Elle a juste oublié de me donner mes petites pilules pour stopper la montée de lait (mais mon gynéco est intervenu avec exaspération).

A part cette unique fois, je ne me suis donc jamais sentie jugée. La pression à allaiter dont tout le monde parle, je l'ai à peine sentie. A peine car il semble que, pour les professionnels que j'ai vus, l'allaitement aille de soi.

J'ai opté pour l'hospitalisation à domicile. Après la visite de sortie du gynéco, des sage-femmes (toutes adorables) sont passées nous voir, bébé et moi, à la maison. Et à chaque visite, le gynéco comme les sage-femmes m'ont posé la même question :
- Avez-vous plus de contractions quand vous allaitez ?
- Bah euh, non, j'allaite pô.
- Ah bon."
Pas de discours moralisateur ni culpabilisant, pas de moue, pas de regard méprisant, juste un blanc pouvant signifier "pourquoi j'ai pas lu son dossier bordel". Et les professionnels ont enchaîné avec naturel et gentillesse sur l'inconfort lié aux montées de lait en me proposant des solution.
Rien de bien méchant, mais j'ai été très étonnée qu'on ne me demande pas si j'allaitais, mais comment ça se passait. Pourtant, j'ai jeté en lousdé un oeil sur les listings de la maternité quand j'y étais, une femme sur deux était au biberon. Je ne suis donc pas un cas unique. D'ailleurs, je n'ai pas pu trouver de statistiques à ce sujet, mais des messages glanés sur les forums prétendent que les bébés français sont majoritairement au biberon...

Quelques semaines plus tard, j'ai invité à la maison une jeune maman dont le fils aîné est dans la même classe que mon hobbit et dont le cadet de neuf mois porte le même nom que mon lutin. Son petit ayant visiblement faim, elle l'a mis au sein, tout en m'expliquant qu'elle avait allaité son premier jusqu'à un an et comptait en faire autant avec les second. Son regard était timide et elle avait l'air de s'excuser, comme si elle s'attendait à ce que je lui fasse la morale. Chose qui ne me serait même pas venue à l'esprit.

Je suis très contente de ne pas avoir subi de pression significative, et je tenais à dire que, dans mon cas du moins, je me suis sentie tout à fait libre de choisir et de nourir mon fils comme bon me semble. Finalement, j'ai l'impression que la pression qu'on dénonce n'est pas la bonne...


Illustrations :
Biberon cornet médiéval, constitué d'une corne de vache percée (source). Il y a plein de biberons marrants à voir sur la page wikipedia.
Elisabeth Taylor donnant le biberon à son bébé Liza Todd sous les yeux de ses fils Christopher et Michael H. Wilding, et son mari Michael Todd, photo de Toni Frissel, 1957 (source). Glamour !
La Charité Romaine, Rubens, 1612 (source). C'est l'histoire d'une fille qui donnait discrètement le sein à son père condamné à mourir de faim en prison. Cette générosité a ému le geôlier au point que le papa a été libéré.


lundi 25 avril 2011

Amitiés impossibles et amours obligatoires

Mon fils aîné, du haut de ses trois ans et demi, a une grande amie. Mademoiselle a à peu près le même caractère que lui, la même propension à parler tout le temps, le même refus de l'autorité à l'école comme à la maison. Ils sont dans la même classe et nous sommes voisins, ce qui leur permet d'évoluer dans un univers commun. Mademoiselle est en outre la seule fille de la classe qui ne se laisse pas faire par mon fils qui aimerait tout diriger et elle ne se gêne pas pour lui coller un taquet quand il faut le remettre à sa place. Ils jouent ensemble, ils se font des civilités et des politesses, ils ont de longues conversations et partent dans des délires auxquels je ne comprends rien (ça y est, ça commence, elle est larguée, la vieille !). Ils imitent nos comportement d'adulte comme d'adorables caricatures miniatures.
Je suis contente que ces deux-là ce soient trouvés, c'est important, à cet âge, de se faire des amis. A l'école et au centre de loisirs comme dans le voisinage, tout le monde a remarqué cette solide amitié. Tout le monde l'encourage et la regarde mûrir avec affection. En revanche, tout le monde utilise, pour parler des ces deux enfants, le vocabulaire désignant plutôt un couple. Et quand je râle, je passe pour une maman jalouse.
Evidemment, que je ne suis pas prête à laisser mon fils se caser, il n'a que trois ans ! Il n'a qu'une idée confuse de la manière dont naissent les bébés, il ne se doute pas qu'on puisse embrasser avec la langue, et déjà on lui parle de "petite copine".
On entend souvent que l'amitié est impossible entre un homme et une femme. Il parait que la question du désir se pose systématiquement, qu'il y a forcément des ambiguïtés, comme si nous étions des animaux incapables de communiquer et de passer du temps ensemble sans que l'un aie envie de se frotter contre la jambe de l'autre. Ces enfants si jeunes qui ne connaissent pas le désir, on les traite déjà comme des adolescents, on leur interdit d'être amis avec l'autre sexe, on construit un barrière entre eux à coups de mots et de plaisanteries navrantes.

Les clichés sexistes régulent non seulement ce que notre comportement mais aussi les rapports d'un sexe à l'autre. Nous sommes tenus d'être séducteurs et séductrice en permanence, au point qu'il nous est impossible de considérer l'autre sexe comme autre chose qu'une conquête potentielle.
Et avec les homosexuels ? On s'étonne alors que l'amitié soit possible...

C'est peut-être parce que l'amitié est un rapport d'égal à égal : une amitié sincère entre un homme et une femme remet en cause le patriarcat... Quelle tristesse de voir ce deux petits anges entraînés malgré eux, malgré leur âge tendre et innocent, dans ce système abject...


Illustration : L'Amour et Psyche, enfants, William-Adolphe Bouguereau, 1890.

mercredi 9 mars 2011

8 mars, journée de...

Hier, c'était le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. J'aurais aimé pondre un article, mais cette journée me désespère. D'autres ont très bien résumé mon point de vue :
Cette liste est bien entendu non exhaustive, vous êtes libres de rajouter des liens en commentaires...

De toute manière, j'ai autre chose en tête. Bébé avait hier tout juste une semaine. Ca explique que j'ai été un peu silencieuse ces derniers temps : entre une fin de grossesse pénible (ben, comme une fin de grossesse, quoi...) et une naissance en deux heures un peu déstabilisante (on n'a même pas eu le temps de poser le monitoring, alors la péridurale encore moins !), j'ai un peu perdu ma motivation pour écrire... Mais comme bébé dort bien (il est tellement zen que je le surnomme bébé-Bouddha), je ne suis pas très fatiguée et ça devrait revenir vite.
A bientôt !

jeudi 13 janvier 2011

Sugar baby love

Ca fait longtemps que j'ai une dent contre ceux qui travaillent dans le domaine médical. Non pas que je les juge massivement incompétents ni que je considère qu'ils sont tous idiots (j'en connais qui sont super, et d'ailleurs je les garde, quitte à faire 30 km pour me faire soigner une carie), mais j'en ai connu tellement qui traitent leurs patients comme des imbéciles ou manquent totalement d'empathie que j'en viens à être méfiante dès que je passe la porte d'un hôpital et à ne plus tellement faire confiance aux médecins, sage-femmes et infirmiers que je croise. Ce qui est un rapport vachement constructif, vous en conviendrez.

C'est ce billet de la Poule Pondeuse et les commentaires qu'il a générés qui me donne envie de vous raconter ma laïfe (encore une fois). En fait, ça faisait longtemps que j'avais envie de raconter mes tribulations liées au diabète gestationnel, histoire de vider mon sac, et de montrer qu'il y a des gens qui sont vraiment handicapés du quotient émotionnel. Si en plus d'autres femmes peuvent se retrouver dans mon témoignage et être rassurées...

Lors de ma première grossesse, il y a 4 ans, la seconde échographie a révélé un bébé un peu gros. Comme j'ai des antécédents de diabète dans la famille, j'ai dû passer le fameux test du O'Sullivan (j'aurais préféré les boissons du O'Sullivan qui est à gauche...) puis, comme il était positif, le HGPO. Evidemment, on ne m'a pas tellement donné d'explications, on m'a juste dit qu'il fallait le faire pour mon bébé. Or, avoir des antécédents d'une maladie dans la famille, ça veut dire vivre toute sa vie dans l'angoisse de tomber malade, culpabiliser à chaque écart et subir les recommandations inquiètes de tout plein de gens bien intentionnés. Passer des tests de 1 à 4 heures dans ces conditions, c'est terriblement anxiogène. A la réception des résultats (bingo ! les seuls tests que je réussis à tous les coup, c'est ça et les tests de grossesse !), j'ai pleuré comme si on m'avait annoncé un cancer. Ca peut paraître ridicule, mais avec cette angoisse déjà latente qui est montée au fil des jours et le manque d'informations, j'ai complètement craqué.
A la réception des résultats, mon gynéco m'a envoyée voir une endocrinologue qu'il connaissait. Elle ne m'a donné aucune information utile sur l'alimentation à suivre. Je lui ai dit avoir banni le sucre de mon alimentation, en particulier en ne buvant que des sodas light au lieu du Coca, ce qu'elle m'a reproché : le light donne envie de sucre. Je suis restée sans voix : si j'ai envie de sucre, je vais forcément me taper une tablette de chocolat ? Elle a fait de la pub pour le Pulco citron avant de me pourrir car je n'avais pas l'air assez catastrophée à son goût. Quand ses accusations ont déclenché mes larmes, elle a décidé que mon travail me stressait trop et m'a arrêtée jusqu'à la fin de ma grossesse. J'aimais mon travail, je m'y sentais bien, et être arrêtée m'a fait l'effet d'une punition. Je suis rentrée en RER en chialant comme une damnée, et j'ai pleuré toute la journée. Le soir, mon mari, n'arrivant pas à me calmer, a appelé mon gynéco en urgence et obtenu le nom d'un autre praticien chez lequel nous avons pris rendez-vous immédiatement.
Cette nouvelle endocrinologue, au vu des résultats de mes examens, m'a rassurée et m'a conseillé un régime. Elle m'a donné des livres, étonnée que sa collègue ne m'aie rien dit. J'ai continué à travailler avec bonheur, et j'ai été suivie par cette praticienne jusqu'à la fin de ma grossesse. Mon gynéco m'a assuré qu'il n'enverrait plus jamais de patiente chez l'autre naze.
J'ai suivi scrupuleusement mon régime et j'ai passé quatre mois à avoir faim à chaque instant de la journée. Je pleurais en voyant mon assiette, sachant qu'elle ne me rassasierait pas. Et aucun praticien, parmi tous ceux que j'ai vus, n'a proposé de solution. Pire, une sage-femme en a ri, comme d'un petit désagrément de la grossesse pas très grave, puis m'a prescrit de nouveaux examens pour s'assurer que mon régime suffisait : non seulement elle niait mon profond malaise, mais elle me culpabilisait en supposant que je n'en faisais pas assez.
Mon fils est né à terme et en très bonne santé. On me dira que si je n'avais pas bien suivi mon régime, il y aurait sans doute eu des complications. C'est sans doute vrai, mais en attendant, je garde de cette grossesse un très mauvais souvenir, où j'ai été traitée comme une irresponsable et affamée sans que personne ne se soucie de mon mal-être.

J'ai gardé l'habitude de faire attention à ce que je mange, en me servant des informations que j'ai apprises. J'ai la chance de ne pas prendre de poids facilement, et lorsque je suis retombée enceinte, manger simplement équilibré (et à ma faim !) m'a permis de ne pas grossir. Aujourd'hui, je suis à 7 mois de grossesse, et je n'ai pris que deux kilos. Je vois toujours le même gynéco, vu qu'il est quand même très sympa et ne multiplie pas trop les examens. Maintenant qu'il me connait, d'ailleurs, nous communiquons plutôt bien.
J'ai passé le test de l'OMS qui a révélé que j'étais de nouveau en situation de diabète gestationnel. C'est peut-être parce que bébé n'est pas trop gros que mon gynéco ne m'a pas envoyée voir de spécialiste. Il m'a confié un appareil pour surveiller ma glycémie (à gauche), me disant de l'utiliser de temps en temps et que, si j'étais systématiquement au-dessus des limites, on passerait à l'insuline. Je dois simplement limiter les quantités de sucre que j'ingurgite.
Je mange deux fois plus que lors de ma première grossesse, et l'appareil m'a permis d'établir que ces quantités me permettent de rester bien en-dessous des limites acceptables. Je fais bien plus de tests que ce que le gynéco me demandait, et je note tous les résultats pour optimiser mon régime, même si j'ai mal au bout des doigts à force de me piquer (c'est pas très pratique pour taper sur mon clavier !). Je mange à ma faim, bébé conserve un poids normal et je ne grossis toujours pas. De temps en temps je me permets un écart, vu que ces écarts ne modifient visiblement pas le poids de bébé, avec l'aval de mon gynéco qui convient que ça permet de garder le moral, ce qui est important pour une future maman. C'est marrant, mais ne pas pouvoir manger de sucre a quelque chose de déprimant !
Il y a quelques jours, j'ai passé une échographie à l'issue de laquelle le médecin m'a envoyée passer un monitoring pour rien. Je n'ai évidemment pas caché la situation à la sage-femme en charge du monitoring. Elle s'est étonnée de la faible fréquence de mes relevés de glycémie, m'a demandé d'en faire 6 fois par jour (mais bien sûr, tu me prêtes tes doigts ?) et de montrer les résultats à une sage-femme avec laquelle je devais prendre spécialement rendez-vous (et vlan, on vous culpabilise parce que vous n'en faites pas assez, et on vous flique parce que vous n'êtes pas capable de vous prendre en main).
Ce soir-là, après une journée de travail, j'avais attendu une heure pour passer mon échographie, une demi-heure pour le monitoring, une autre demi-heure sous la machine, alors que mon fils et mon mari m'attendaient dehors, et j'avais subi un toucher vaginal long et douloureux : forcément j'avais des contractions. Le gynéco de garde (qui se trouvait être le mien !) m'a examinée en urgence, a vu que tout allait bien et m'a renvoyée à la maison avec un arrêt de travail que cette fois j'ai accueilli avec reconnaissance. On m'a donc refait le coup du "on te stresse à mort, on te fatigue, on te prend pour une imbécile voire une irresponsable, puis on te met en arrêt de travail".

C'est pas grave, tout ça, il y a des gens qui vivent toute leur vie avec le diabète ou pire, et qui font ce qu'ils ont à faire sans se plaindre, mais c'est rageant de voir le nombre de personnes dans le milieu médical qui, à aucun moment, ne se soucient de votre bien-être, de votre état psychologique, et appliquent bêtement des procédures en arborant une assurance désarmante. Je veux bien croire que certaines patientes ne sont pas malines et que dans le doute il vaut mieux nous pousser à faire attention, mais ne serait-il pas plus respectueux des personnes de leur faire confiance, ou tout du moins de dialoguer un peu pour s'assurer qu'on peut leur faire confiance ? Au lieu de ça, on nous accable d'examens, on nous stresse, on nous fatigue, on nous culpabilise sans se soucier des conséquences sur notre santé et celle du bébé. Belle mentalité !

lundi 20 décembre 2010

10 clichés sur l'accouchement à la télé et au cinéma

Les scènes d'accouchement me manquent pas dans les films et les séries. Qu'apprend-on en les regardant ?
  1. Un accouchement commence toujours par la perte des eaux. Elle est immédiatement suivie de contractions ininterrompues extrêmement douloureuses.
  2. Après cette perte des eaux, on n'a que quelques minutes pour aller à l'hôpital. Et il y a toujours des embouteillages.
  3. Même dans une série/film qui n'est pas une série/film historique, la femme qui accouche n'a jamais droit à la péridurale. D'ailleurs, on ne le lui propose même pas, et elle ne le réclame pas. Il faut qu'elle souffre et qu'elle hurle, sinon ce n'est pas un accouchement. Si c'est une comédie, elle enchaîne les gros mots.
  4. La femme qui accouche sue comme une truie. Mais pas de panique, il y a toujours une main secourable avec une ch'tite compresse pour lui tamponner maternellement le front.
  5. Le père, s'il est présent, a l'air d'un crétin.
  6. Le bébé nait tout rose, même s'il avait le cordon autour du cou. Il est de plus tout propre et il met du 3 mois.
  7. Le bébé crie tout de suite, sauf s'il s'agit d'une série médicale, où il a obligatoirement besoin de soins de la part du jeune héros.
  8. Ce premier cri remplace immédiatement la grimace crispée de douleur et d'inquiétude sur le visage de la parturiente par une expression extatique débile. Même si elle pisse le sang.
  9. Après un accouchement, il n'y a jamais besoin de délivrance ni de recoudre la jeune maman. Ou alors ça se passe mal et elle meurt tragiquement.
  10. Quelques minutes après l'accouchement, la maman est fraîche comme une rose, coiffée, maquillée (et surtout lavée, vu qu'elle a beaucoup sué). Au bout d'une heure, elle est capable de courir un marathon. Elle est mince et n'a pas la peau du ventre qui pend.
Conclusion : l'accouchement est une aventure extrêmement douloureuse qui se déroule dans la panique totale. Le père ne sert à rien, et on s'en remet tout de suite, comme si de rien n'était.

lundi 13 décembre 2010

Le sein ou le biberon ?

Bientôt le congé maternité (la quiiiiiiiiille !) et je commence à m'organiser en vue de l'heureux événement. On prépare la chambre, on prépare le lit, on fait l'inventaire des fringues et des jouets que grand frère peut léguer, on répare la poussette, on se prend la tête pour le siège auto, on fait l'inventaire des biberons...
Et en tripotant les biberons, me voilà prise d'une hésitation. Je n'avais pas assez de lait, et mon premier s'est retrouvé au biberon. Le biberon, pour nous, ça a été le bonheur : après trois jour à voir notre fils pleurer sa faim, nous l'avons vu dormir comme un ange. Il a toujours mangé de bon appétit et son père a pu le nourrir. Au rythme d'un biberon toutes les 3 heures, en se levant à tour de rôle, mon mari et moi parvenions à dormir 6 heures par nuit. Quand je vois mes copines se lever toutes les 2 heures pour donner le sein pendant une heure, je trouve qu'on a été chanceux.
Bon, c'est un peu égoïste, comme vision des choses. Notre fils a certes bénéficié de parents reposés et de bonne humeur, mais il n'a pas pu profiter de mon lait. Chaque grossesse est différente, et peut-être que cette fois j'aurai assez de lait. Il n'y a qu'une seule manière de le savoir : il faut tenter de l'allaiter et s'accrocher.

Aujourd'hui Olympe aborde le sujet en citant Mère Bordel. Mettre en place un allaitement n'est pas simple, et on n'est pas vraiment aidées. Les forums de discussions regorgent d'inquiétudes de jeunes mères perdues.
J'ai eu de la chance, la maternité où je suis allée était plutôt pas mal pour l'allaitement. J'ai été bien informée et bien prise en charge. Dès qu'on a vu que mon fils ne prenait pas de poids, ils m'ont confié un tire-lait pour vérifier les quantités que je produisais. Devant les quelques malheureux millilitres que la machine m'avait soutirés, ils m'ont proposé un biberon. Nous avons discuté d'autres options, j'ai tenté l'allaitement mixte, avant de revenir totalement au biberon.
Ce qui me fait vraiment hésiter, c'est que je refuse de repasser 2-3 jours à attendre que le lait vienne en regardant mon bébé maigrir, sachant qu'il y a des chances que je n'aie pas de quoi le nourrir. L'important, c'est que bébé soit nourri, et le priver de nourriture, même temporairement, me parait insupportable.

Je ne tiens pas plus que ça à allaiter. Ca ne m'attire pas vraiment, sans me dégoûter non plus. Il y en a qui trouvent que ça fait vache, mais ça ne me gêne pas, c'est beau une vache. Je ne gagnerais pas grand-chose à allaiter et notre expérience du biberon a été excellente. Si je me lançais, ce serait seulement parce qu'il parait que c'est ce qu'il y a de mieux pour le bébé, pas pour moi.
C'est là où le personnel de la maternité, qui était si bon techniquement, m'a heurtée au point que je me demande si je suis bien objective aujourd'hui. Plusieurs auxiliaires de puériculture et sage-femmes m'ont harcelée de questions, jusqu'à me faire pleurer, pour vérifier que je n'étais pas traumatisée par mon échec, que ça ne m'empêchait pas de me "sentir mère" et que je ne me sentais pas coupable. Coupable de quoi ? De ne pas avoir de lait ? Que puis-je y faire ? Etre mère serait donc en priorité s'acquitter de fonctions organiques ? Elles ont refusé de me croire quand je disais que j'étais heureuse de voir mon fil nourri et détendu. J'ai ressenti comme une violence cette obstination à me vouloir coupable des déficiences de mon corps, à supposer que j'étais égoïstement accrochée à mes propres désirs de pompage de tétons.
Tout ce que je veux, c'est que mes enfants soient nourris et en bonne santé. Peu m'importe le moyen.


Oui, au fait, pardon pour le choix de l'image, j'admets avoir quelquefois un humour douteux. Mais j'aime tellement la Vache Qui Rit !

samedi 27 novembre 2010

Pas une maladie !


A cinq mois et demi, ma grossesse commence à vraiment se voir. Travaillant dans un milieu plutôt masculin, je craignais un peu que de mauvaises réactions, mais à part quelques blagues pas drôles (t'as qu'à rouler, t'iras plus vite !), ça se passe super bien. En fait, je me fais chouchouter. Je pourrais râler au paternalisme, à la condescendance, mais j'ai juste l'impression que c'est de la gentillesse et j'apprécie.
On m'a aussi globalement épargné les clichés sur la grossesse, type les vannes sur les hormones. En même temps, j'ai bien fait comprendre à tout le monde que je ne supportais pas qu'on remette ma clarté d'esprit en doute. Mais il y a une phrase stéréotypée que j'entends souvent, même si ce n'est jamais dit sur une intention méchante : "la grossesse n'est pas une maladie !". La dernière fois qu'on me l'a sortie, je comparais le congé maternité marchait à un congé maladie de longue durée du point de vue de la sécu. Je l'entends aussi quand je parle des caisses prioritaires pour les femmes enceintes et ceux qui ont des soucis médicaux. C'est une réaction épidermique qui vient des hommes comme des femmes. Si je comprends bien et partage l'idée, la virulence avec laquelle cette phrase est généralement prononcée me choque.

Je me pose beaucoup de questions quant à la signification de cette phrase. La grossesse est quand même assez lourdement médicalisée : rendez-vous chez le gynéco tous les mois, tests sanguins et urinaires à répétition... Au moindre souci, on vous envoie chez le gynéco voire aux urgences pour vérification, et si vous hésitez, vous vous faites engueuler et traiter d'irresponsable (ça m'est arrivé à ma première grossesse). La grossesse est un moment fortement médicalisé de la vie d'une femme. J'ai quelquefois l'impression que c'est trop, mais quand je vois les statistiques de mortalité maternelle et infantile dans le monde, je me dis que ça vaut sans doute mieux. Peut-être qu'on pourrait faire des progrès du côté de la délicatesse du personnel médical pour ne pas stresser les patientes, c'est tout. En tout cas, il me parait normal de tracer des parallèles avec une situation de maladie, sans pour autant considérer que c'est la même chose.

Pourquoi est-ce ce rapprochement entre grossesse et maladie est-il si choquant ? La maladie est donc une honte, une truc crade qui ne saurait, en aucun cas être rapproché sémantiquement de la grossesse, ce qui est considéré comme un moment de grâce absolue ?

Je ne suis pas de celles qui s'éclatent à avoir un polichinelle dans le tiroir. J'adore mon fils et j'aime déjà à la folie le petit bout qui verra le jour bientôt ; je fais et ferai de bon cœur tous les efforts nécessaires et même plus pour la santé et le confort de mon bébé. Il n'empêche que ce n'est pas marrant d'être encombrée par ce bide vaguement douloureux, d'aller pisser toutes les 5 minutes, de ne pas pouvoir manger ce qu'on veut sans conséquences, sans compter les effets secondaires peu ragoûtants dont je suis victime et dont je ne parlerai pas ici par pudeur. Je ne vois vraiment pas comment on peut sacraliser cet état.

La maladie est un dysfonctionnement du corps, la grossesse un processus normal. Ce sont bien deux choses différentes que je ne compare pas. Néanmoins, dans les deux cas on passe par l'hôpital, on se frotte au personnel médical condescendant ou génial, on lutte avec la sécu et on galère physiquement. J'aimerais juste qu'on désacralise la grossesse et qu'on cesse de considérer la maladie comme quelque chose de sale ou honteux. Dire que la grossesse n'est pas une maladie serait alors une évidence qui ne serait plus prononcée d'un air scandalisé.

Les photos sont de Anne Geddes.