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mercredi 26 septembre 2012

Femen, slutwalk, le féminisme "nouvelle génération" ?

Deux phénomènes féministes sont actuellement très populaires les médias : les slutwalks et les Femen.
Dans les deux cas, le fond du message est la réappropriation du corps. Il s'agit du refus d'être un objet à exploiter par les hommes pour le plaisir ou la reproduction. Et dans les deux cas, la forme du message fait fantasmer les médias et grincer des dents certaines féministes.

vendredi 16 mars 2012

A tous ceux qui râlent que les féministes ont mieux à faire que faire interdire le "Mademoiselle"...

Ces derniers temps, on accuse les féministes, en gros, d'enculer les mouches juste pour faire chier le monde. Plutôt que de se mobiliser pour des futilités comme l'usage de "Mademoiselle", de râler sur des bodys pour bébés, elles feraient mieux de lutter contre les vraies causes : les inégalités de salaire, les violences conjugales, l'excision...

C'est une accusation profondément injuste.

Les féministes luttent pour ces causes. Citons en vrac la campagne contre le viol d'Osez le Féminisme, la campagne Pas de justice, pas de paix, les actions de la Fédération GAMS, la campagne du Laboratoire de l’Égalité pour l'égalité salariale...
Merde, il y a des choses qui se font ! Accuser les féministes de ne se préoccuper que de futilités, c'est cracher à la gueule de toutes celles qui se bougent au quotidien, qui se battent bec et ongles pour la liberté, la dignité et le bien-être de celles-là mêmes qui les montrent du doigt sans pour autant prendre la peine de militer elles-mêmes.

jeudi 10 novembre 2011

Le dialogue lambda

C'est vrai ? Tu tiens un blog ?
- Ouaip. Je ne suis pas trop inspirée en ce moment, et je le regrette. Ca me manque.
- C'est sur quoi, ton blog ? Cuisine ? Scrapbooking ?
- C'est un blog féministe.
- ...
- Tu reprends une bière ?
- Oui, volontiers. Bon, tu sais, j'ai rien contre les féministes, je les aime bien même, tant qu'elles ne sont pas anti-hommes.
- De qui tu parles ?
- Ben, tu sais... Celles qui veulent que les femmes dominent les hommes...
- Ouais, je vois l'idée, mais tu as des noms ?
- Bah euh... Tout le monde sait ça, quoi.
- Tu sais, il y a quelques siècles, tout le monde "savait" que la Terre était plate...
- Oh, chipote pas, tu sais très bien ce que je veux dire. De toute façon, vous les féministes, vous allez trop loin.
- Ah ouais ? Refuser de se faire taper dessus, c'est aller trop loin ?

dimanche 6 novembre 2011

Ainsi soit-elle, Benoîte Groult

Je poste peu en ce moment, mais je lis pas mal.
Je me suis enfin décidée à entamer la pile de livres à lire qui prend la poussière sur mon étagère. J'ai donc ouvert, puis dévoré, Ainsi soit-elle de Benoîte Groult.

De Benoîte Groult, je ne connaissais que la fameuse citation le féminisme n'a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours. C'est simple, concis, clair et pertinent, comme ce livre.
Ainsi soit-elle est paru en 1975, en pleine vague féministe. C'est une époque que je n'ai pas connu et que je n'aurais pas aimé connaître : je suis bien contente, aujourd'hui, de profiter de ma liberté. J'avais donc posé le livre sur ma pile en me disant que ce serait bien intéressant de lire un témoignage d'un passé révolu, mais que je ferais ça un jour où je n'aurais rien de plus important à lire. Et puis finalement, le sourire de Benoîte Groult sur la couverture m'a convaincue de m'installer dans le RER avec ce petit volume.
J'ai pris une baffe monumentale.


mardi 27 septembre 2011

Madame ou Mademoiselle ? Live blogging sur l'ouverture de la campagne

11h30
Je commence à taper ces lignes à quelques minutes du lancement officiel de la nouvelle campagne d'Osez le Féminisme.
Personnellement, sans avoir vu la forme à part les visuels qui ont été fournis, je ne suis pas contre. 20 Minutes titre avec à-propos "Ces petits riens qui font le sexisme ordinaire" et c'est très pertinent. Devoir préciser si on est "Madame ou Mademoiselle" à EDF, son employeur, la sécu et le vétérinaire de son chat, c'est sexiste, et ça me rend dingue. On nous fait chier avec ça tous les jours, ça me fait monter la moutarde au nez petit à petit, jusqu'à ce que l'employée de banque qui refuse de me donner ma carte bancaire sous prétexte que sur le papier il y a "Mademoiselle" et je porte une alliance se fasse insulter (c'est du vécu).
Ca va avec le changement de nom au mariage, d'ailleurs. C'est discriminatoire.

jeudi 8 septembre 2011

Les harpies

On les appelle des fois les féministes radicales. Des fois, les féministes victimaires (ça fait toujours savant, les néologisme). Ou plus simplement, les féministes extrémistes. Pour certaines personnes, par ignorance ou par pure mauvaise foi, elles sont les féministes, tout simplement.
Ce sont des castratrices. Elles voudraient dominer les hommes. Elles voudraient les priver de leurs enfants. Elles les voient tous comme des monstres. Elles ne perdent jamais une occasion de salir les hommes. DSK serait leur dernière victime : bafouant la présomption d'innocence, elles auraient profité de la situation pour lui faire expier une faute incombant, dans leur délire, à l'ensemble des hommes. Mères indignes, elles élèvent leurs enfants dans la haine et la peur, ou au contraire dans un amour étouffant.
On les compare aux Harpies, car elles harcèlent les hommes, ou les Érinyes, parce qu'elles cherchent avec acharnement la vengeance. Elles trimballent, scotché à leurs godasses, tout le bestiaire monstrueux des Grecs, de la Gorgone au regard pétrifiant à Lamia la dévoreuse d'enfants. Elles sont la fureur à face humaine, elles sont l'allégorie. On les craint, on les montre du doigt. On dit aux petites filles : voilà à quoi tu ressembleras si tu sors du rang.

jeudi 23 juin 2011

Osez le clitoris et ses représentations crues !

Toute à mon billet d'hier, j'ai repoussé la rédaction de mon billet sur la campagne d'Osez le Féminisme, intitulée Osez le Clitoris.
J'attendais cette campagne avec impatience. Le silence autour du clitoris, sa fonction, sa forme, et sa position, me hérisse. Je me demandais quelle forme l'association allait donner à cette campagne. Je suis fanatique du site Vie de Meuf, j'ai soutenu avec enthousiasme la campagne contre le viol, j'ai été plus critique quant à la campagne sur l'avortement.

J'ai l'impression que tout le monde est à peu près d'accord sur le fond (sauf que certains trouvent qu'il y a des sujets plus urgents à traiter), mais la forme fait furieusement débat, surtout l'affiche.
Hélo, Emelire et Patric Jean relaient la campagne avec enthousiasme et c'est sûrement cette voie que j'aurais empruntée si je n'avais pas lu de nombreuses critiques qui m'ont fait hésiter.
Sandrine relaie la campagne en émettant des réserves quant à l'affiche. Elle défend le fond de la campagne dans un autre billet. Olympe, elle aussi, est peu enthousiaste sur la forme de la campagne. L'article de Maïa Mazaurette est dans la même veine (avec ce style toujours génial qui fait le succès du blog).
D'autres, comme Anaïs, Sophie Gourion et Circé, sont franchement hostiles, sur le fond et sur la forme.


Parlons d'abord du fond. L'association semble être tombée dans tous les pièges de la communication féministe.
Le problème du clitoris prend de nombreuses formes, à plusieurs degrés : simplement ignoré par un manque d'éducation sexuelle, évité par ceux qui refusent aux femmes le droit au plaisir, mutilé par ceux qui cherchent à détruire les femmes. Peut-on tout mettre dans le même panier ? Peut-être que oui, si l'on considère que tous ces effets ont la même cause, le patriarcat. Mais dans ce cas, la communication autour du sujet doit être l'objet de sévères précautions, ne serait-ce que par respect envers les victimes de mutilations génitales dont les douleurs ne peuvent être mises sur le même plan que la frustration des femmes à la recherche d'un point G au fond du vagin. L'articulation entre les manifestations du sexisme à plusieurs degrés n'a pas été bien gérée, visiblement, vu qu'on lit "il n'y a pas plus important que ça ?".
Autre sujet casse-gueule : dénoncer les discriminations et les violences subies par les femmes sans tomber dans la victimisation, sans paraître misandre. Pour les critiques les plus virulentes de la campagne, là, c'est loupé. Je n'ai pas eu ce ressenti, sans doute parce que j'ai pris les textes du site comme ayant une valeur statistique. Vu le nombre de personnes qui dénoncent ce travers d'OLF, il aurait fallu travailler ce point de la communication.
A propos de statistiques, tout baser sur une enquête faite auprès des internautes est très cavalier. Des études ont été faites depuis des années, et j'ai pas vraiment l'impression que les chiffres d'OLF soient du même ordre de grandeur.
Je suis franchement gênée de voir, sur le site, que la masturbation est tant mise en avant. Je suis persuadée que l'onanisme permet de mieux connaître son corps et qu'il n'y a pas de raison de réfréner ces activités. Mais la véritable urgence, en matière de sexualité, me parait être reconnaitre le rôle du clitoris dans les rapports hétérosexuels, pour relativiser le pilonnage qui est la norme dans la pornographie. La campagne donne plus l'impression d'une promotion de la masturbation féminine dans tout ce que la chose a d'organique, que d'une campagne informative, qui éviterait les injonctions, sur la sexualité féminine. Je n'ai pas peur d'avoir les doigts qui puent, mais ma sexualité ne se résume pas à ça !


Maintenant, passons à la forme, en particulier à l'affiche.
L'affiche est choquante, et c'est sans doute le but. Il faut attirer l'oeil, faire le buzz, pour que les gens aillent voir le site qui contient des infos utiles. Il n'y a pas de mal à faire le buzz, si c'est pour la bonne cause. A moins de voir OLF comme un moyen pour le PS de gagner des voix... On ne peut pas accuser l'association sans preuve, même si ça semble fort probable. Si c'est le cas, j'aimerais qu'OLF l'assume : il n'y a pas de mal à avoir une opinion politique ni à militer !
On a reproché à l'affiche l'absence de visage : on a suffisamment de femmes décapitées et deshumanisées dans les pubs, pas besoin que les féministes en rajoutent. Ceci dit, pour une campagne sur le clito, ça me parait normal qu'on insiste dessus.
Peut-être que certaines personnes (je ne vise personne en particulier, j'imagine ce que peut penser le macho lambda) sont choquées de voir une affiche présentant Lafâme sous un jour peu flatteur : une femme c'est beau, faut pas montrer ce qui n'est pas charmant chez elle.
Je crois, en fait, que la réaction de chaque femme face à cette affiche est conditionnée par le rapport qu'elle entretient avec son corps. Pour des raisons qui me sont propres et que je ne développerai pas, j'apprécie l'exhibition de la partie cachée du clitoris. Je ne me permettrais pas de chercher les raisons personnelles qui ont poussé les blogueuses à encenser ou critiquer la campagne, et encore moins de porter un jugement. J'émets simplement une hypothèse pour expliquer la disparité d'opinions.
Finalement, j'en viens à penser que personne n'a tort ou raison sur cette affiche.  Chacun a un ressenti différent lié à sa propre expérience, à sa propre façon de considérer le corps féminin. Ce ressenti peut être influencé par l'extérieur, mais aussi très personnel. Cette constatation pourrait sans doute être faite pour la plupart des sujets qui divisent les féministes.


Illustrations :
L'affiche de la campagne
Détail de l'extase de Sainte Thérèse, par le Bernin.

mercredi 22 juin 2011

"Un long processus qui peut être douloureux"

Il y a une semaine, une interview de Laurence Bachmann a été publiée sous le titre "on ne naît pas féministe, on le devient". Rares sont les personnes qui ont pu recevoir une éducation suffisamment peu genrée pour n'avoir pas intégré l'identité qu'on impose communément aux gens de leur sexe. La plupart des féministes ont ainsi dû rejeter leurs certitudes et leur éducation pour accepter le genre comme un fait. Laurence Bachmann s'est donc demandé : "Qu’est-ce qui fait que certaines femmes développent un regard critique sur les rapports sociaux de sexe?" Le verdict est sans appel : "Toutes avaient également vécu une situation discriminante durant leur vie." Elle souligne cependant une différence notable entre les féministes : "Quelques femmes, filles de féministes, sont des héritières; elles bénéficient déjà de mots pour parler de la domination masculine. Pour les autres, c’est un long processus qui peut être douloureux."

J'ai la chance d'être une fille de féministe. Même si elle ne connaissait pas le vocabulaire dont parle Laurence Bachmann, ma mère m'a transmis des idées qui m'ont permis d'aborder facilement le féminisme. Lorsque j'ai rencontré une situation discriminante, j'ai eu, grâce à elle, le réflexe de questionner la société qui permettait cette discrimination au lieu de m'enfermer dans la culpabilité. C'est la chance qui m'a permis de trouver les mots : mon chéri, que je venais de rencontrer (c'était en 2000/2001, le Fouquet's interdisait son restaurant aux femmes non accompagnées par un mâle), m'a appelée affectueusement sa "petite Chienne de Garde". Je ne connaissais l'association que de nom, je me suis donc renseignée sur elles, sur leur message, sur leurs idées. Le reste a suivi ; d'Isabelle Alonso je suis passée à Simone de Beauvoir et je n'ai jamais arrêté de me passionner pour le féminisme. Grâce à ma mère qui m'a donné l'habitude de remettre en question les idées et valeurs communes de la société, l'évolution n'a pas été douloureuse.

J'ai donc longtemps ignoré à quel point il peut être douloureux de remettre en question ses croyances pour comprendre et accepter l'idée du genre. Au contraire, je ressentais un certains mépris pour les personnes qui refusent de réfléchir à ces questions quand on leur présente des faits. Jusqu'à ce que je rencontre D.
D. est un homme mûr, père de trois filles, avec lequel j'ai travaillé. C'est un homme curieux et qui possède une certaine culture (malheureusement incomplète, ce qui le conduit à proférer des énormités qui le font passer pour un imbécile) qu'il tente d'étendre par ses lectures. Il est aussi très gentil, aimant et très compréhensif ; il ne peut pas s'empêcher de prendre soin des autres et d'être protecteur avec ceux qui lui paraissent affaiblis (le chercheur en dépression, la stagiaire enceinte et stressée...). On peut compter sur lui, et s'il promet quelque chose, on peut être sûrs qu'il s'y tiendra. Les inégalités salariales entre les femmes et les hommes lui paraissent impensables, il ne comprend pas que ça existe ; il ne tolèrerait en aucun cas qu'on discrimine une femme enceinte. Il est en revanche très peu sûr de lui, très timide, et naïf dans sa vision de la société. Ses filles, qui ont entre 5 et 10 ans, sont la prunelle de ses yeux. Il ne sacrifie pas le temps passé avec elles pour son travail, et il se démène pour leur offrir tout ce dont elles ont besoin. Quand il parle d'elles, il a des étincelles dans les yeux. Son air hésitant et sa gentillesse le font passer pour un imbécile heureux, mais la tendresse dont il peut faire preuve m'a faite fondre ; sa capacité d'empathie a emporté mon respect.
Je développe peu mes idées féministes au boulot, une partie de l'équipe étant très peu réceptive avec des tendances agressives. Avec D., je n'ai pas peur de parler. Un jour il m'a dit, avec naturel, dans une discussion sur les clubs de jeux (échecs, cartes...) où, selon lui (et je pense qu'il a raison), il y a peu de filles : "les filles sont naturellement plus sérieuses que les garçons". Je n'ai pas pu le laisser croire cela. J'ai parlé du genre, de l'éducation, des jouets qu'on impose aux filles... J'ai parlé des gender studies, des études peu médiatisées mais solides qui soutiennent ces théories... Un de nos collègues, qui nous écoutait, a trouvé ma démonstration convaincante (ce qui m'a fait vachement plaisir, vu qu'à l'oral je suis beaucoup moins sûre de moi qu'à l'écrit...). Mais D. s'est buté, son visage d'habitude si avenant s'est fermé. Il répétait "tu as peut-être raison, mais je crois qu'il y a un truc naturel quand même". J'ai fini par comprendre ce qui le tracassait : il pensait à ses filles. Si le sérieux des filles n'est pas naturel, cela signifie que les filles chéries de D. ont été conditionnées pour l'être, par l'éducation. D. se sent responsable de tout se qui touche à ses filles, et dans sa vision manichéenne des choses, accepter la notion de genre revenait à admettre qu'il avait lobotomisé ses trois petits anges. Son amour passionné le rendant hypersensible et lui faisant perdre tout sens de la mesure, j'aurais tout aussi bien pu l'accuser d'avoir castré mentalement les petites, ou d'avoir arraché sauvagement à leur esprit l'amour du jeu, et pas là même leur innocence. J'ai tenté de corriger le tir en lui explicant que les coupables étaient la société, les pubs, l'école, et pas forcément les parents (il a toujours cru bien faire !)... Trop tard. Pour un homme aussi investi physiquement et émotionnellement dans l'éducation des ses filles, l'idée était insupportable.
Il a coupé court à la conversation et il a regagné son bureau. Peu de temps après, je partais en congé maternité et quand je suis revenue, il avait été muté. Nous n'avons pas eu l'occasion d'en reparler. J'aurais aimé trouver les mots pour le convaincre sans le blesser. Est-ce seulement possible ?


Il y a tant d'obstacles à surmonter pour s'assumer en tant que féministe, surtout si l'on a grandi et vécu en croyant  fermement à une société bipolaire, voire même en trouvant que c'est cool qu'il y aie des hommes forts et des femmes belles.

Se déclarer féministe implique de prendre le risque d'être sévèrement jugée par l'entourage. Pour une femme, on sera vue comme une personne aigrie, une hystérique, qui voit le mal partout, une emmerdeuse, pas féminine, moche, pas épilée... Pour un homme, les stéréotypes manquent, mais j'imagine que le mot "tapette" doit planer.

Plus difficile encore, il faut remettre en cause ses croyances. On perd ses repères. Il faut cesser de mettre les gens dans des cases, et considérer chaque personne comme un individu et non plus comme un homme ou une femme. Les possibilités se démultiplient à l'infini. Les qualificatifs perdent leur sens et la perception du monde se modifie.  Les statues tombent avec fracas de leur piédestal : Maman n'est plus une sainte, Papa n'est plus le plus fort, Chérie n'est plus la plus douce, Chéri n'est plus le plus solide. On ne peut plus avoir confiance en rien, même le langage est miné. La télé, les pubs, les livres, les oeuvres d'art, tout ce qu'on trouvait drôle et beau est contaminé par le sexisme.
Perdre ses repères permet d'en trouver d'autres. Les repères féministes (le vocabulaire, la philosophie...) sont finalement sécurisants, et offrent une sensation de fierté. On se sent clairvoyant. Mais la colère et l'indignation remplacent vite la peur. Le sexisme est partout, les enfants innocents sont formattés, des femmes sont violentées. Chacun est lésé par ce système, mais tout le monde tient à le sauvegarder.


Ce qui est le plus dur, c'est de devoir changer la manière dont on se voit.
Une femme devra cesser de se considérer comme une princesse ou comme une mère sanctifiée par les soins qu'elle prodigue à sa progéniture. Elle prendra conscience de ses possibilités multiples, certes, mais aussi de tout ce qui la freine, et de la petite voix insidieuse qui sussure aux femmes qui prennent des responsabilités "tu n'en est pas capable, tu n'y arriveras pas...". Elle est parfaitement capable de lire une carte et de brancher seule un ordinateur : elle n'aura plus d'excuses pour ne pas le faire, ne pas réfléchir, ne pas apprendre. Elle réalisera qu'elle n'est pas naturellement douce et gentille et devra admettre qu'elle est un peu méchante, comme tout le monde, qu'elle pourrait faire souffrir ses enfants car il n'existe pas d'instinct maternel pour l'en empêcher par magie. Un homme réalisera qu'il n'est pas naturellement plus solide psychologiquement, qu'il est en danger de craquer autant qu'une gonzesse.
A chaque fois qu'un homme ou une femme féministe entreprendra une activité convenant à son genre, il ou elle se demandera si son choix est influencé ou non. Fini la tranquilité d'esprit ! Il faut s'examiner sans mauvaise foi pour détecter les comportements stéréotypés, et, si l'on choisit de rejeter certains d'entre eux, lutter contre soi-même. Une femme devra lutter pour cesser de se mettre en retrait, un homme devra lutter pour cesser de se mettre en avant.
Se remettre en question, c'est aussi assumer sa responsabilité dans la reproduction des stéréotypes. Il est facile de se considérer comme une victime du système, il est aisé de dire : "j'ai été discriminé-e parce que la société est sexiste, j'ai été privé-e de certaines activités par mon entourage". Mais il peut être insupportable de penser qu'on a discriminé les autres, qu'on a privé des être innocents qu'on aime de certaines activités.


La liberté est précieuse.
Mais être libre de choisir entre une myriade de voies, c'est aussi devoir les identifier toutes, les soupeser, prendre la responsabilité de s'engager dans l'une d'elles en entraînant sa famille dans son sillage, oser user de sa liberté et assumer ses choix.
La liberté est précieuse, mais chère.

samedi 18 juin 2011

Féministe et féminine...


... est-ce possible ?

Parce que, c'est bien connu, toutes les féministes sont des femmes qui s'habillent comme des sacs, ne s'épilent pas, ne se maquillent pas et qui pètent au lit. En plus, elles veulent que tout le monde se ressemble, que tous les hommes et toutes les femmes s'habillent pareil, tous en pantalon pas beau. Elles nient les différences hommes/femmes et veulent tout uniformiser. Elles veulent faire comme les hommes, annihiler tout ce qu'il y a de féminin. Elles veulent pendre Valérie Damidot par les pieds pour avoir peint des chambres de petite fille en rose.

Comme d'habitude, lorsque ces attaques contre les féministes sont prononcées, on ne cite pas de noms ni d'exemples. Serait-ce que ces féministes n'existent pas ? Serait-ce que le message du féminisme est méconnu ?

C'est quoi, les différences hommes/femme ? Une construction sociale, pour l'essentiel. A part une force physique en moyenne différente et la différence de forme et de fonction des organes génitaux (nous, on a un clitoris, nananèreuh !), tout nous est imposé par l'éducation.
En disant cela, on ne nie pas l'existence des différences hommes/femmes, on nie qu'elles soient naturelles. Nous clamons notre liberté : notre nature ne nous impose pas d'être féminines ou pas, selon notre envie, et nous refusons d'être jugées ou punies pour avoir adopté un comportement qui n'est pas féminin. C'est pareil pour les mecs : pas besoin d'être viril, vous pouvez passer la serpillière en tutu si ça vous chante, personne n'a le droit de vous en empêcher.

D'où vient ce fantasme sur l'uniformisation que les féministes voudraient imposer ? 
Les militants anti-racistes veulent-il peindre tout le monde en blanc, noir ou à carreaux ? Les militants contre l'antisémitisme veulent-ils circoncire tout le monde ou faire repousser les prépuces ? Les militants anti-homophobie veulent-ils créer un monde bisexuel ?
Nous ne voulons pas l'uniformisation, nous voulons au contraire détruire l'uniformité du modèle binaire féminin/masculin (merci à Euterpe pour la formulation dans les commentaires de mon billet précédent).
Il y a du bon et du mauvais dans ce que nous regroupons artificiellement dans les cases "féminin" et "masculin". Pourquoi ne pourrions-nous pas prendre ce qui nous plait dans les deux cases ? Il n'a jamais été question d'atomiser une case au profit de l'autre, mais de faire sauter la séparation entre les cases pour permettre la circulation dans un grand espace où tout le monde trouverait sa place.

Je suis féministe, et quand j'ai envie, je suis féminine. Il m'arrive de me comporter en "vraie femme", quelquefois en cédant à la pression extérieure, quelquefois parce que j'en ai envie. Tous mes centres d'intérêts ne sont pas virils.
J'adore porter des jupes longues, juste pour le plaisir de sentir danser les volants autour de mes chevilles. Quand je ne suis pas en jupe, je porte des pantalons moulants et des chemisiers qui mettent en valeur ma silhouette. Je ne m'habille pas comme un sac. Je tiens en outre à mes cheveux longs.
J'aime plaire, séduire, être courtisée. Tant que c'est respectueux !
J'aime materner mes étudiants, quand j'en parle, je les appelle "mes petits".
J'ai découvert il y a peu que j'adorais cuisiner. Peut-être que c'est en voyant Ratatouille pour la 600ème fois que j'ai eu un déclic. Je cuisine toujours en grande quantité, faudrait pas que mes hommes aient faim ! Je fais même mes yaourts.
En revanche, je ne me maquille pas, je ne porte pas de talons, et j'ai un langage de camionneur. Je n'ai jamais eu peur de faire le premier pas pour draguer.

Je ne dis pas qu'il faut que tout le monde fasse comme moi (j'ai parlé de moi parce que je suis la féministe que je connais le mieux), je dis qu'il faut que tout le monde fasse comme il le sent. Homme ou femme, chacun doit être libre d'adopter un comportement féminin ou masculin quand il en a envie, sans subir de pression (surtout si cette pression est exercée à un âge tendre), sans être puni pour avoir affiché un comportement correspondant trop ou pas assez au comportement attendu pour son sexe (c'est ce qui ressort du phénomène des slutwalks).
Et pour pouvoir choisir librement, il faut se servir de sa tête pour repérer les stéréotypes, comprendre d'où ils viennent et ce qu'ils signifient, identifier les mécanismes utilisés pour imposer les stéréotypes, remettre en question ses croyances, douter de soi. et affronter le regard des autres. C'est dur, ça fait peur, ça fait mal, mais la liberté est à ce prix.


Illustrations :
Capture d'un match de catch entre la fantastique Awesome Kong et Gail Kim à la TNA.
Portrait d'Emilie du Châtelet (1706-1749) par Maurice Quentin de la Tour. Une femme exerçant des activités masculines, ce qui ne l'empêchait pas de porter des p*tains de chouettes robes.


Edit au 20/06/2011 : l'article que Gabrielle nous avait promis dans les commentaires vient d'être publié !

jeudi 16 juin 2011

Petit Bateau pour grand naufrage

J'ai commencé au moins trois fois un billet sur le buzz Petit Bateau, j'ai supprimé ma production à chaque fois. Ce qui me touche, dans cette affaire, ce n'est pas le fond (des vêtements genrés, il y en a depuis longtemps) mais le fait que la plupart des réactions que j'ai vues prouvent que leurs auteurs ne voient pas où est le problème. J'ai donc voulu l'expliquer, mais j'ai trouvé que ma production était de piètre qualité et enfonçait des portes ouvertes.

Je réessaye aujourd'hui pour répondre à ce billet qui est construit, réfléchi, et sans noms d'oiseaux (ça nous change !) : l'auteure mérite une réponse construite, réfléchie, et argumentée. Promis, je n'utiliserai pas de noms d'oiseaux non plus !
J'aime ce texte car il reprend posément pas mal d'idées qui me semblent partagées par une bonne partie de nos concitoyens. Je vais répondre point par point à ce qui me parait être les phrases-clé. Evidemment, c'est mon opinion que j'exprime, ma vision du féminisme qui peut être contestée (ne vous gênez pas dans les commentaires). Je ne suis malheureusement pas sociologue  ni philosophe et j'emploie peut-être mal certains termes.

Allez, c'est parti.

"...quand je vois que certaines essayent de mettre du féminisme partout, même concernant les plus anodins des sujets, ça me gonfle."
Hélas, le féminisme dénonce un système sexiste et patriarcal. C'est-à-dire que le sexisme vient se nicher partout et que rien n'est anodin. Tout est lié : les mots qu'on utilise, les vêtements et les jouets des enfants, jusqu'aux violences sexistes les plus sévères. Les détails sexistes ont de grands effets. Il faut donc réfléchir à tout ce qu'on dit ou fait, tout remettre en cause. C'est chiant, fatigant, stressant, mais on a la satisfaction de fouler aux pieds les oeillères que notre éducation nous a greffées (et il y a quelques autres avantages...).

"des féministes [...] ressortent des études du CNRS sur l'influence que les images sexistes peuvent avoir sur les nourrissons... etc..."
Oui, des études (qui n'émanent pas que du CNRS : c'est un phénomène mondialement connu) prouvent que les nourrissons sont influencés par le comportement des adultes. Quand on les habille "en garçon" ou "en fille", le comportement des adultes envers les enfants change, et les enfants le ressentent. Ils apprennent vite à adopter des comportements suscitant notre approbation : une fille adoptera un comportement "de fille" et une garçon "de garçon". C'est un fait qu'il me parait important de rappeler. Citer des études permet, en outre, de montrer qu'il ne s'agit pas d'une opinion ni d'une marotte de vieille peau mal épilée, mais d'une vision étayée de la société basée sur une théorie mûre et éprouvée (n'en déplaise à Christine Boutin).

" Franchement... les associations féministes n'ont pas des causes plus importantes à défendre?"
Si, mais les associations s'en occupent aussi, ne vous inquiétez pas. C'est pas parce que les médias n'en parlent jamais que rien n'est fait (par exemple, tout récemment, une campagne a été lancée contre le viol conjugal). Mais dénoncer les pires violences (en France comme à l'étranger) n'est pas contradictoire avec dénoncer les outils utilisés pour reproduire le système qui permet ces violences.
Ici, l'outil, c'est le vêtement. Il a été prouvé que les jeunes gens reproduisent les stéréotypes, ça s'appelle l'effet Pygmalion.

"Que je sache, c'est une marque qui propose des vêtements sexués, comme plein d'autres.  "
Oui, c'est pour ça que personnellement je n'ai pas gueulé. Je suis blasée par ce que je vois dans les magasins et les boutiques en ligne (chez Vert Baudet par exemple : le pyjama fille, garçon, et bébé à venir dont le sexe n'est pas encore connu). Je n'ai pas été étonnée de l'existence de ces bodies, mis à part le fait qu'ils ont des manches longues, ce qui n'est pas des plus confortable en été.
Je crois que Petit Bateau a payé pour les autres. Ca s'est vu (il faut dire que le modèle est particulièrement gratiné) et la réaction a été épidermique. Le fait que ça touche les bébés a aussi ajouté à l'émotion. Une action réfléchie touchant toutes les marques (et pourquoi pas touchant aussi les jouets et la littérature enfantine...) serait plus logique. Mais aurait-elle été relayée par les médias ?

"On est en démocratie, on n'est pas obligé d'acheter si on n'aime pas!"
Je n'aime pas la clope, je n'en achète pas, mais je dénonce ses effets. Je n'aime pas ces bodies, je ne les achète pas, mais je dénonce leurs effets.

"Parce qu'on est dans un pays libre, les filles peuvent être des "garçons manqués", les garçons "efféminés". C'est cool.
Mais l'inverse est encore possible!"
Etre une garçon manqué ou un garçon efféminé, c'est quand même mal vu. J'ai le souvenir d'un camarade d'école qui faisait de la danse classique, il a pris cher.
Nous ne sommes pas libres d'être ce que nous voulons être : on nous impose des codes, et si nous sortons des clous, nous le payons. Voilà ce que le féminisme dénonce. A cela s'ajoute le contenu des codes : les qualificatifs attachés au féminin ne sont pas des plus flatteurs.

" C'est quoi le but? qu'on finisse tous en uniforme, et que les bébés soient tous en body gris unisexe à col Mao? Qu'on leur rase tous le crâne jusqu'à leurs 18 ans pour masquer leurs différences de sexe?"
Justement non. Le but est d'être libres de choisir d'adopter un comportement sans influence extérieure et sans encourir de jugement. Que les garçons comme les filles puissent porter des jupes ou des pantalons si ça leur chante, par exemple, et que personne ne puisse les juger. Personnellement, je porte des jupes, et je ne me maquille pas malgré une pression extérieure pesante (à ce sujet, j'ai écrit un billet  tout récemment et le fond de ma pensée a été donné dans les commentaires).
Ceci dit j'aime beaucoup les cols Mao.

"Moi je préfère que les féministes luttent CONTRE l'uniformisation... et tant pis si cette liberté a pour conséquence de laisser libre-champs à la création de fringues un peu nunuches à fleu-fleurs! Cet excès-là vaut mieux que l'inverse, non?"
Si les fringues à fleu-fleurs sont disponibles pour les deux sexes, il n'y a pas de problème (sauf que mon mari et moi aurions du mal à nous fringuer, on préfère les têtes de mort, vous voyez...).

"On va leur retirer la garde de leurs enfants pour cause d'éducation sexiste? Les envoyer en camp de rééducation de parents, les forcer à recourir à un coach en choix de garde-robe pour bébé féministement correcte?"
Faudrait pas exagérer. Nous demandons que les fabricants et les parents pensent aux conséquences de leurs actes en leur fournissant des informations qu'ils n'ont pas forcément. Forcer les gens à penser, c'est si méchant que ça ?

"Je suis sincèrement choquée par les jouets idiots provoquant une sexualisation précoce des enfants (comme les barres de pole-dance pour petites filles, ou les concours de mini-pouffes)... mais franchement, ces bodies, à côté, me paraissent bien inoffensifs."
Je suis d'accord. Mais les accessoires de mini-pouffe ont aussi fait gueuler. Les médias, encore une fois, en ont peu parlé. Je soupçonne que les journalistes aient relayé le buzz pour faire passer les féministes pour des gourdes qui luttent pour des points de détails. C'est faux : nous luttons contre les détails dont nous soulignons l'importance (faits à l'appui : les fameuses études sont là pour ça) ainsi que contre les choses graves. Mais dans ce dernier cas, c'est bizarre, les médias ne disent pas grand-chose...
Oui, j'accuse beaucoup les médias. Ils sont responsables à la fois d'une représentation sexiste des femmes mais aussi d'une vision caricaturale du féminisme.

"J'ai pour projet de mettre ma fille à la danse classique et mon fils au tennis... (je sais c'est furieusement tradi). Est-ce que je mérite moins d'être féministe?"
Ca dépend, le choix de la discipline leur a-t-il été imposé par l'extérieur ? Votre fille sait-elle qu'elle a le droit de faire du tennis ? Votre garçon sait-il qu'il a le droit de faire de la danse ? Si c'est un choix libre, je ne vois pas où est le problème. Sinon, je ne vous jetterais pas la pierre, d'une part parce que je n'ai pas à juger des choix d'une autre famille, d'autre part parce que ce n'est pas facile de pousser ses enfants à transgresser les règles sociales non écrites, pour les voir subir brimades et moqueries de la part de leurs camarades.

"Si on foutait un peu la paix aux gens, aussi?"
Tout à fait d'accord. J'aimerais que Petit Bateau nous foute la paix au lieu de m'imposer ainsi qu'à mes enfants des qualificatifs sexués.
Parce que les caractéristiques sexuées ne sont pas, pour le plupart, naturelles. Elles sont imposées par l'éducation à travers des outils comme ces bodies. Et au nom de ces caractéristiques, des femmes sont moins payées, frappées, violées, tuées. Le sexisme tue.

" Ah! et puis, ma fille, il y a quelques jours, m'a demandé un jouet aspirateur... "pour faire comme papa" (ben oui).
Enigme: Dois-je refuser, sous prétexte qu'une petite fille ne doit pas être éduquée de manière sexiste? Pourrais-je, en revanche, l'offrir à mon fils, sous les "houra" des féministes, applaudissant à la vue de mon éducation correspondant si bien aux nouveaux codes stricts du féministement correct?"
Si vous leur offrez à chacun un jouet qui leur fait plaisir, en leur transmettant par ailleurs une vision égalitaire de la société, là je dirai hourra. Si votre fille veut un aspirateur, pourquoi pas, à condition de lui expliquer qu'elle n'est pas obligée de le passer parce qu'elle n'a pas de pénis (l'exemple de son papa devrait suffire, de toute façon).

"C'est ridicule... un peu comme celles qui s'acharnent à vouloir féminiser tous les mots, auteure, ingénieure, basketteure... en confondant "genre" (grammaire) et "sexe" (vraie vie). On peut être féministe et se présenter comme "écrivain", non?"
Je ne suis pas certaine qu'il y aie consensus sur la question chez les féministes. Il me semble que la plupart d'entre nous (moi incluse) soit pour la féminisation des noms de métiers pour que les enfants n'acquièrent pas une vision sexuée de ces métiers. Par exemple, mon fils aîné a reçu un camion Playm*bil à Noël, avec deux p'tits pompiers dedans : un homme et une femme. Il m'a demandé ce que la femme faisait là, si elle aidait le pompier. Je lui ai répondu que non, elle était pompier. Il m'a alors demandé comment on disait : pompière, pompiette ? Ca lui a vraiment posé problème. J'ai beau dire, Mme Pompier a fini sur le siège passager et ne tient jamais la lance à incendie. Les mots sont importants ! Ils sont le reflet de notre pensée et cette pensée est forgée sur les mots. C'est un cercle vicieux qu'il faut bien briser à un moment ou à un autre.
Par ailleurs, le "genre" n'est pas qu'une notion grammaticale. Il s'agit aussi d'une notion sociologique (voir et surtout là). Peut-être qu'en apprendre plus sur le sujet (si ce n'est fait) vous permettrait de mieux comprendre pourquoi nous trouvons que ces notions sont importantes. Cette notion est au coeur du féminisme dit "de troisième vague".

"Il y a tellement de luttes féministes plus importantes! Il faudrait mieux hiérarchiser les problèmes."
Il faudrait surtout que le grand public soit au courant de ce qui se passe réellement dans les milieux féministes... Vous verriez que les grands problèmes sont aussi combattus que la myriade de détails qui les causent.

" Je suis -très- féministe, mais....
... ce ne sont pas des mouvements comme ceux-ci qui vont me donner envie d'adhérer à une quelconque association féministe."
Ce mouvement anti-Petit Bateau ne me semble pas être le fait s'associations, mais d'individus.

Je serais curieuse de savoir ce que c'est, pour vous, être féministe. Etre pour la parité ? L'égalité des salaires ? Lutter contre les violences conjugales ? C'est tout cela, bien sûr, mais c'est aussi, à mon sens, être conscient des questions de genre, remettre perpétuellement en question ses croyances et ses habitudes et lutter pour faire cesser la reproduction du système sexiste.
Si on emmerde le monde, il y a une raison... On a mieux à foutre de notre temps que troller la page Facebook de Petit Bateau !


Edit : Je rappelle que les commentaires de ce blog sont impitoyablement modérés. Je suis ouverte à la contradiction, à condition qu'elle soit argumentée et exprimée posément. Un commentaire du type "Beuarf c'est ridicule", par exemple, sera rejeté par la modération.

vendredi 27 mai 2011

Refusons l'anti-féminisme mensonger

Avec les "petites phrases" assassines de Jack Lang et Jean-François Kahn, entre autres, on a cru avoir touché le fond. Maintenant on en trouve qui cherchent du pétrole.
Ce matin, le Monde nous a gratifié d'un point de vue d'une certaine Hélé Béji, écrivaine, intitulé "Refusons le féminisme victimaire".
Nous n'en sommes plus au temps où on cassait les féministes dès qu'elles ouvraient la bouche. Non, il y a les "bonnes féministes" (celles qui se battent pour les "vraies" causes, majoritairement les maltraitances à l'étranger, pas de ça chez nous, hein !), et les "mauvaises féministes" (celles qui n'acceptent même pas qu'on trousse tranquillement sa boniche). Les "mauvaises féministes" verraient toutes les femmes comme des victimes, et tous les hommes comme des agresseurs. Evidemment, quand on parle de ces "mauvaises féministes", on ne cite pas de noms, d'associations, de mouvements, ni d'ouvrages.


Hélé Béji dénonce le fait que DSK s'en prenne plein la tronche, alors qu'on n'est même pas sûrs qu'il soit bien coupables. Les féministes ne la contrediraient pas, puisqu'elles prennent soin, à chaque intervention, de préciser qu'on ne sait pas se qui s'est passé (par exemple, relisez l'appel contre le sexisme). Personnellement j'ai lu peu d'articles condamnant DSK : ce qui fait scandale, c'est le traitement médiatique de l'affaire, centré sur l'accusé et sous-entendant constamment que la victime n'est pas de bonne foi. Les femmes qui sont accusées, qui lui font "honte", restent anonyme. Autant les sorties de Lang, JFK et BHL ont été soigneusement citées par leurs détracteurs, autant Mme Béji ne cite personne. Cet article pourrait parler de sa concierge, il ne serait pas écrit différemment. En tout cas, je ne sais pas de qui elle parle.

"L'acharnement des médias, obsédés par le féminisme antisexiste, condamne les protagonistes du drame à une exhibition qui les place l'un comme l'autre sous une lumière obscène." Obsédés ? on ne doit pas consulter les mêmes médias. Et puis s'ils l'étaient, ce serait mal, le féminisme antisexisme (oh, le beau pléonasme !) ?
"L'inculpation de M. Strauss-Kahn lui promet plus de soixante-dix ans de cachot. Presque autant que pour un génocide !" Il semble que Mme Béji regrette qu'on punisse lourdement un viol. Serait-ce que le viol n'est pas si grave à ses yeux ? Allez, je lui prête des intentions qu'elle n'a peut-être pas, disons que la formulation est maladroite...
"Le diable, caché sous la beauté insolente des femmes, a changé de sexe, il n'est plus femelle, il est mâle, synonyme de satyre poilu, bouc difforme, bourreau des sexes." C'est vrai que le violeur est diabolisé, dans les médias. Mais seulement le violeur des parkings, le Grand Méchant Loup, si vous voulez. Le viol n'est médiatisé que s'il correspond à l'image fantasmée que les journaleux en ont, sinon c'est un "drame de la passion".
"Allons-nous, chaque fois qu'un homme cède au péché, nous transformer en Erinyes (déesses grecques de la vengeance) sans pitié ?" En disant qu'il a "cédé", on sous-entend que c'est pas de sa faute, que c'était une pulsion. De plus, parler de "péché" renvoie à la morale religieuse, celle qui est considérée comme entravant la liberté de jouir. L'auteure nous parlera plus loin du "Jugement Dernier", de "miséricorde", de "morale", de "siècles puritains". Mais il n'est pas question de liberté ni de puritanisme ici, il est question de viol, et le viol est un crime qui n'est pas dénoncé comme il devrait. Donc, oui, les féministes se transforment en Erinyes sans pitié lorsqu'un viol est avéré et que le coupable n'est pas condamné comme il le devrait. Si la petite dame veut se joindre à nous, elle est la bienvenue.
L'auteure nous parle de "race féminine", du "sexe fort", et du "propre de la femme". Serions-nous tombés sur une essentialiste ? "Il est naturel que l'émotion des femmes bénéficie d'abord à la victime." D'abord, on dit victime présumée, merci. Paille, poutre, toussa. Et puis je ne vois pas en quoi ça serait naturel pour une femme et pas pour un homme. Les humains se rangeraient-ils dans deux clans ? Va-t-on imprimer des T-shirts "Team agressor" et "Team victim" ? Serait-ce que l'auteure ne peut concevoir que les femmes puissent être solidaires des hommes (et vice-versa) ? Dans ce cas, c'est elle qui est victime des travers qu'elle dénonce, pas les hypothétiques féministes qu'elle est incapable de citer.

Les féministes veulent que les victimes de violences sexistes soient reconnues comme des victimes. Ceci est interprété comme une volonté de faire de toutes les femmes des victimes, et par conséquent de tous les hommes des coupables. L'accusation de misandrie n'est pas loin. 
Accuse-t-on quelqu'un qui lutte contre le racisme d'être anti-blanc ? Accuse-t-on quelqu'un qui lutte contre l'homophobie d'être anti-hétérosexuels ? Accuse-t-on quelqu'un qui lutte contre la discrimination dont souffrent les handicapés d'être anti-valide ?
Comment une femme misandre peut-elle vouloir l'égalité des sexes ? C'est viser bien bas...
Je ne dirai pas que je n'aime pas les hommes. Je ne dirai pas non plus que j'aime les hommes. J'aime les gens bien, hommes ou femmes. Pourquoi vouloir à toute force que les féministes mettent les gens dans des cases alors que c'est strictement ce que nous dénonçons ? Si lorsque je dis "je n'aime pas les machos", vous en déduisez que je n'aime pas les hommes, cela veux dire que vous considérez que tous les hommes sont des machos : vous êtes misandre, pas moi.

Le féminisme n'est pas ce "machisme à l'envers" où l'on présenterait tous les hommes comme des porcs et toutes les femmes comme des anges déchirés. Les détracteurs du féminisme pourraient avoir l'honnêteté intellectuelle de se renseigner sur le mouvement, avant de baver sur des concepts qu'ils n'ont pas compris.

mercredi 11 mai 2011

Ces féministes mal baisées qui n'aiment pas le porno...

Dans un excellent billet, Daria Marx avoue ne pas aimer le porno : "Je n’aime pas le porno, parce qu’il ne m’excite pas. Il ne remplit pas, pour moi, sa fonction d’outil de masturbation, puisqu’il me suffit de 32 secondes pour jouir, si j’ai envie, mon corps répond assez bien, pas besoin d’autres stimulis. Il ne remplit pas non plus sa fonction d’outil fantasmatique, je n’ai pas trouvé de pornographie qui réponde à mon univers, qui enclenche quelque chose, qui me donne envie de réaliser dans la vraie vie, de passer à l’acte, de reproduire."
Le porno s'est tellement normalisé que ce billet prend la forme d'un "aveu". Ce qui était il y a encore quelques années considéré comme une perversion est présenté aujourd'hui comme le modèle à atteindre. On en vient à lire que le sexe est une monnaie d'échange dans le couple : "Et là, il ne s’agit pas simplement de s’envoyer en l’air pour éviter une dispute, ou assouvir les besoins de son conjoint, mais d’utiliser le sexe comme moyen de se vendre à l’autre en tant que partenaire de qualité." Le sexe est dépouillé de tout caractère affectif et intime, il devient un geste routinier dont la fréquence est un diagnostic de la santé du couple, une activité au cours de laquelle l'image qu'on donne prime sur le reste.
Car c'est bien d'image se soi et d'image qu'on donne qu'il s'agit. Il faut être de bonnes baiseuses et de bons baiseurs. Il faut appliquer la recette porno pour être satisfait sexuellement, cette satisfaction étant considérée comme essentielle à l'équilibre des individus. Même que c'est bon pour la santé (histoire de bien culpabiliser ceux qui ne le font que deux fois par semaine voire - horreur ! - moins).

Pourtant, il semble que baiser comme dans un porno ne permette pas d'atteindre cette fameuse satisfaction sexuelle (merci à @sexismscience pour le lien). Lorsque les femmes font attention à l'image qu'elles donnent pendant l'acte, elles n'en profitent pas. Les hommes recherchant cette image irréelle sont déçus.
En revanche, Brigitte Grésy cite dans le Petit traité contre le sexisme ordinaire une étude suisse ayant établi "que le féminisme rend les relations amoureuses plus harmonieuses et que les partenaires se considérant comme égaux sont plus heureux. "Les féministes sont sexy" est-il précisé, et les hommes "font clairement le lien entre le fait d'avoir une partenaire féministe et une relation plus stable ainsi qu'une plus grande satisfaction sexuelle."" Se considérer comme des égaux, se respecter l'un l'autre, se respecter soi-même permettrait d'atteindre une meilleure satisfaction sexuelle que lorsque l'un éjacule sur la tronche de l'autre. Je ne sais pas pour vous, mais moi je suis facilement convaincue.
En tout cas, ça devrait tordre le cou au vieux cliché de la féministe mal baisée. La féministe s'éclate au pieu (porno ou pas, selon ses goûts), son mec (pour une nuit ou pour la vie) aussi, et les deux vous saluent bien.

Pour ceux qui n'ont pas réussi à séduire une féministe, rassurez-vous. Ne pas parvenir à une totale totale satisfaction sexuelle ne vous rendra pas dingue.
Considérer la frustration sexuelle comme un drame est un délire d'enfant gâté : si votre grande douleur, dans la vie, est de ne pas pouvoir exprimer votre désir libidineux, vous êtes chanceux, vous n'avez jamais réellement souffert. Non, la frustration n'est pas grave, elle ne conduit pas à toutes les perversions, au viol et à la pédophilie. Non, elle n'excuse pas un homme qui passerait outre le consentement de sa compagne (le contraire non plus, d'ailleurs). Non, elle ne justifie pas le recours à une prostituée.

Illustrations :
Venus et Adonis, Rubens (~1630).
Vénus et Mars, Boucher (1754).

dimanche 26 décembre 2010

Féministe ? Quand ça m'arrange !

Je ne connais pas grand-monde qui sache ce qu'est le féminisme.
Il y a celles et ceux qui rejettent le féminisme parce que ça finit en -isme ou parce que le nom leur fait croire que c'est juste contre les hommes (et l'essentialisme ? c'est contre le diesel peut-être ?) : c'est plus facile que se renseigner, se cultiver et réfléchir.
Il y a celles et ceux qui se réclament du féminisme pour mettre en avant les femmes dont les qualités intrinsèques devraient sauver le monde : un contresens.
Et puis il y a celles et ceux qui reprennent à leur compte les idées féministes pour combattres les inégalités les plus flagrante (mais pas les autres), pas toujours en osant se qualifier de féministes, et seulement quand ça les arrange. Un article récent des Nouvelles News dénonce ce phénomène.

Ce n'est pas un phénomène récent. Lors du débat sur l'interdiction du voile à l'école : on nous parlait jusqu'à la nausée de la liberté des femmes, sans parler de toutes les autres oppressions que nous subissons dans toutes les catégories sociales. Les violences sexistes, les inégalités de salaire ? Silence radio. On ne m'ôtera pas de l'idée que pour certains (pas tout le monde, peut-être pas la majorité des gens), l'égalité des sexes n'était qu'une excuse pour exprimer leur islamophobie.
Et ça continue... On a eu droit à la dénonciation de la polygamie (pourtant, quand un "bon Français" a des maîtresses, le seul commentaire que ça provoque, c'est "quel homme !"), au débat sur le voile intégral, et en ce moment, le NPA se fait tacler pour avoir osé présenter une candidate portant un foulard aux élections régionales. Dans la plupart des articles que j'ai lus sur le sujet, l'auteur ne prend même pas la peine de citer le nom de la candidate en question, c'est dire si sa liberté d'exister les intéresse.
Si seulement les violences sexistes faisaient couler autant d'encre que ce que les femmes portent ou non, ce serait un véritable progrès pour l'égalité des sexes. A part chez Ni Putes Ni Soumises qui mène un vrai combat, cette propention à ne dénoncer médiatiquement le sexisme que quand il frappe les musulmanes ressemble plus à du racisme qu'à un véritable souci pour les femmes concernées.

Et puis il y a eu l'Afghanistan. Pendant des années on a laissé les Afghanes se faire enfermer dans leurs burkas, lapider, pendre... dans l'indifférence générale. Et du jour au lendemain, quand il a fallu justifier une guerre, on nous a parlé d'elles. Mais si leur sort intéressait vraiment les politiques, il fallait y aller plus tôt !

Le comble est atteint avec l'affaire Assange.
Combien de viols dans le monde ? Combien en France ? Et dans les pays en guerre ? Qui parle du cas de l'Afrique du Sud, par exemple ?
Mais quand il s'agit d'un Robin des Bois de la vérité comme Julian Assange, d'un type qui a donné un coup de pied jubilatoire dans la fourmillière du mensonge d'Etat, en y mettant les formes en plus (en collaborant avec les journaux du monde entier pour éviter de mettre des gens en danger), là, ça fait causer.
Evidemment, le timing des plaintes est troublant. Est-ce une raison pour à discréditer les plaignantes ? Pour jouer sur les termes de l'accusation pour nier ou minimiser le viol ? On ne pourrait pas laisser la justice travailler tranquille, il faut vraiment que chacun se permette de donner son avis sur la bonne manière de violer une femme ?
Si encore tous les viols étaient à l'origine d'un tel emballement médiatique, et d'une telle mobilisation de moyens pour arrêter le suspect... Mais lorsque l'on lit le J'Accuse de Noami Wolf publié par le Huffington Post, repris par Maïa Mazaurette et traduit intégralement par Hypathie, on a la nausée. Tant d'horreurs sont commises au vu et au su de tout le monde, sans que personne ne réagisse...
A noter que chez Emelire vous trouverez une savoureuse caricature sur le sujet.

Défendre les droits des femmes ? D'accord, mais seulement quand ça arrange les hommes au pouvoir. Sinon vous pouvez aller vous brosser. Le féminisme n'est bon que quand il peut être utilisé par les hommes.